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Exclamations de grâce
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Quel bonheur pour les anges et les oiseaux que les
Profondeurs architectoniques d'un immense pin d'Alep
Quand l'effleurent les premières caresses ambrées
De l'aurore et que le regard d'un citadin fait le plein
De ses verdeurs veloutées prospectées par les écureuils
Qui s'y faufilent vifs comme les ombres d'une vie
Secrète à laquelle nous humains ne sommes pas conviés
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Chaque tronc s'éclaire à l'instar d'une colonne rose
L'éther après la nuit redécouvre la multiplicité des feuillages
Qui vaut bien le souvenir des étoiles hautaines
Au milieu duquel un vague nuage s'effiloche comme à regret
Tandis qu'une cigale hésitante cherche à retrouver
L'exact tempo de l'ostinato que jouait son archet
Si allègrement la veille au sein de l'orchestre entier à Midi
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Quelle beauté la fraîcheur nette du matin pour le pèlerin
Assis à sa table sur la terrasse face au paysage lorsqu'il
Se met en route pour un poème à l'itinéraire aussi raide
Et sinueux qu'un sentier enlaçant une haute montagne
Aussi labyrinthique et riche d'une profusion de possibles
Que les ramifications intérieures d'un pin compliqué
En quête de la meilleure manière d'embrasser l'infini
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Dont circule partout l'invisible oxygène libérateur !
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Conseils pour renaître
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Méfie-toi de n'écrire point de trop brillantes choses
Certain phares éclairent mais d'autres éblouissent
Et ceux qui te liront ont peut-être les yeux de l'esprit
Fragiles et se sentiront douloureusement piégés
Dans une trop forte lumière ainsi que les pauvres
Petits crapauds que la nuit les automobilistes
Écrasent sous leurs roues sans même en avoir conscience...
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Songe d'autre part que tu n'as rien à offrir que du vent
Qu'un vague souffle qui parcourt des vers mais qui
Ne ressemble que de très loin à quelque chose de vivant
Comme cette aube rose sur les frondaisons occupées
À se déployer avec des ondoiements ailés à travers
L'éther azuré ou encore cet autre clarté douce
Que certains jadis ont appelée le Saint-Esprit
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Nul d'entre tes mots n'a le timbre cristallin de l'oiseau
Du jasmin minuscule avec son capuchon discret
Et son joli ventre blanc lorsqu'il se pend la tête en bas
À quelque tige dont les airs de mer balancent les fleurs
Juste à côté de l'olivier mouvant aux fins rameaux gris-bleu
Lui-aussi envahi d'un essaim d'oiselets ravissants
Excités comme des bambins qui auraient découvert
Un arbre de Noël pleins de bonbons et de sucettes glacées
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Éternité ! Les heures à voix de colombe traversent la fraîcheur
Au fond inutile de t'acharner à vouloir à force de mots
Élucider la troublante énigme de la Nature
Elle t'offre cette sorte d'inexplicable évidence qui
Dans le moindre cri de mésange ou de roitelet
Parmi les feuillages dorés du matin sonne clair
Comme la Vérité partout éparpillée et stupéfiante
Ainsi qu'en atteste le premier cri d'un bébé face au monde.
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Purification
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Ce flip-flap-flap de feuillets flip-flap-flap tournés
par le vent ne vient pas des pages du Grand
Livre de la Nature
Ce sont trois tourterelles
amoureuses qui dans le pin
à deux pas du gîte où l'écureuil élève ses petits
font au vu de tous des choses que la morale réprouve
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Ébats de plumes flip-flap-flap flip-flap-flap
que vient troubler avec indignation
la gent rouquine à queue empanachée
si bien que les oiseaux impudiques
s'envolent forniquer ailleurs
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Quelle illumination que celle des amples branches
aiguillées d'aube vert tendre
soucieuse dans le bleu de rivaliser
avec le soleil au début du ciel pur
d'où surgit une escadrille de martinets
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Signal évident que relaie le pivert
Voici l'une puis l'autre pies réveillées
Mille passereaux subitement trouvent
à gazouiller en mille langues diverses
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Tandis que les anges qu'on ne voit pas
entrent et sortent là-haut par les portes de la sacristie
du paradis les bras chargés de surplis de lin aubes
chasubles immaculées ciboires dorés et autres
instruments de culte en prévision des matines
de la stratosphère avant qu'argentés ne scintillent
en grondant les fuseaux d'aluminium des humains
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et que deux oiseaux minuscules ne s'enivrent
dans les volutes fleuries du jasmin
sans se soucier de ce qu'à proximité
j'écris grâce à eux les premiers vers d'une fable lustrale...
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L’heure de la pie
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L'aube par la lucarne ouverte et rose
Le souvenir du feu irisé en Bavière
tandis qu’on entend dans l’air silencieux
la pie au caquetis obstinément réprobateur
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Souvenirs lointains Dans le noir de la chambre
d’à côté sommeille la soeur sans reproches
L’air frais entre - odorante caresse verte
sur le front nuageux de l’enfant coupable
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Rien n’assure qu’en mourant l’âme du vieillard
ne doive emporter ses bonheurs et ses fautes
tel un vagabond ses maigres biens dans la besace
qu’il a jetée par dessus son épaule avant l’exil
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Temple de Zeus
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Ce silence au cœur des tronçons
de colonnes du temple de Zeus éparses
dans l'herbe olympique se prolonge
au fond des âmes qui n'ont pas rompu
avec la succession des siècles
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Ce qui avait ici son site méritait
que le promeneur s'arrêtat avec respect
devant ce silence de pierre qui a survécu
au passage forcené des peuples et du temps
Quelque énigme puissante comme un sphinx
devant nos yeux nous parle encore de l'Homme
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Le printemps des arbres de Judée et des oliviers
en épanouit la gloire et les corbeaux de la lumière
au fronton des styles en commentent l'antique grandeur.
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Moucheron
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Il voit de l'autre côté de la vitre
l'air immense et bleu la végétation grasse
les arbres qui se mêlent aux rares nuages
Il entend le joli moteur des cigales
qui anime la déclinaison des heures
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«Le pays des merveilles» comme dirait
une petite muse primesautière
qui ne connaît pas toujours bien
le sens de ses pensées
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Mais la vitre résiste ainsi que l'éternité
Son vol s'y déplace s'y cogne s'y brise
cherche à contourner la transparente perfection
avec un murmure tantôt doux tantôt rageur
S'il pouvait seulement intégrer en lui
la limpidité parfaite
il pourrait enfin passer à travers ce dont
il aurait obtenu la nature
et s'en libérer
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Vacancier
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Hypnotique, la danse du feu sur les vaguelettes. Cri d'effroi d'une mouette noire qui s'essore vers l'horizon : elle a soudain aperçu l'invisible quotidien, tel un bombardier surgi d'entre les montagnes dans un silence de tonnerre, - et mesuré toute son horreur. Ce n'était pourtant pas le surgissement terrible d'un avion de guerre. Juste la silhouette d'un touriste quasi-nu qui tendait son orteil vers l'eau, docile à le lécher comme une chienne au pelage bleu.
Carpe diem
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Chacun selon son espèce déployant tel ou tel graphisme énigmatique hisse ses verdeurs dans la lumière. Feinte écriture à contre-ciel d'une chaleur d'un bleu laiteux. Là-haut l'énergie, que capte la multiplicité nervurée, profuse et redondante. Chacun porte son monde aérien, habité d'insectes, d'oiseaux, pies et écureuils, loriots et chenilles, tel Atlas... En bas, les racines nourricières qui s'insinuent dans les fibres de la terre, autrement dépourvue d'entrailles. Entre deux, qui joint les extrêmes, debout, ce tronc auquel s'identifient les humains. Comme les bras sont lourds à la saison des fruits ! La plus abondante floraison, la plus accablante récolte : comme pour les poètes, c'est que la mort est proche. Cueillons, cueillons, tant que brillent encore les rotondités lustrées du temps.
Nuit upiane
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Obstinément tout bas chantonnent les cigales du silence
Comme celles du soleil l'accomplissement du jour
Elles louent la perfection obscure de la nuit
Ici est le pays où toutes les heures sont célébration
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Parfois une moustique en tournoyant prend le risque
De réclamer aux humains endormis un peu de leur sang
Ou alors c'est un chat-huant qui d'un hou-hou discret
Manifeste son opinion concernant la triste humanité
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Le reste du temps l'univers trompeur semble en paix
Avec lui-même Dehors parmi les étages de végétation
Cyprès dormant la tête dans les étoiles Chênes nuageux
Oliviers aux feuillages gonflés de rêves prémonitoires
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Les maisons anuitées sont recluses dans leur sommeil
Les souffles de l'été sont doux que rafraîchissent les ombres
De la pleine lune et la respiration lointaine de la mer
Qui pourrait penser que des gens en ce moment-même
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Aux antipodes ou ailleurs s'entre massacrent à plaisir ?