Enigmatique Vérité
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Une solitude qui voulait épuiser son propre feu
tenir tête au hamsin' brûlant jusqu'à extinction
Homme du matin laisse au désert tes silex taillés
laisse aux parois les antilopes d'ocre que tu n'as
que si rarement pu atteindre avec tes frêles flèches
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Tu adorais l'immensité poudrée de dunes étoilées
que soulève un inaccessible élan métaphysique
analogue au souffle du dieu au menton de ciel bleu
lorsqu'il boit la nuée pourpre au kylix d'or du couchant
Tu adorais la mer douce matrice d'étoiles jumelles
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Souvent pensif quand venaient les étés paradisiaques
tu pénétrais sous les oliviers en train d'éponger
la lumière d'en-haut pour entre ces patients aînés
recueillir un peu de sagesse en touchant leur écorce
et les saillants muscles de bois des troncs tordus
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Mourir semblait alors d'un bleu pastel de peu
profond ruisseau calomnié Une sorte de myosotis
très loin du jour présent et du gazouillis des oiseaux
Et de la beauté de ce daim sauvage qui a filé
en un éclair tacheté au-delà de l'automne proche.
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Homo sapiens !
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À côté de qui, à côté de quoi sommes-nous passés, nous qui n'avons jamais eu droit qu'à des songes, au cœur desquels nos âmes balancent en ondulant ainsi que des laminaires élégantes et fragiles...
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On dirait dans l'altitude azurée, la holà des choeurs de séraphins chantant à pleines voix, dans la clarté de leurs auréoles conjointes, leurs psaumes à la gloire de l'être absent qui serait la cause du Tout !
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L'invisible les fait tanguer sans qu'elle puissent jamais quitter l'abîme de transparence céruléenne auquel les racines du corps les attachent à la manière de ces ballons de baudruche au poing du vendeur.
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Et si nos âmes nous quittaient pour s'élever jusqu'à la surface des choses, dans l'éther supérieur elles se dissoudraient sans laisser la moindre trace, puisque pour traces elles n'ont que leurs corps pentacres !
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Nous qui n'avons jamais eu droit qu'à des songes, espérant des miracles et n'ayant droit qu'aux mirages, à côté de quoi, de qui, sommes-nous passés pour désormais nous suffire de lunes et de subterfuges ?
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Il y avait une vie et nous en avons fait un agenouillement. Il y avait un navire, et il est parti pour l'horizon sans nous. Il y avait une terre et bientôt elle-aussi poursuivra sa rotation sans nous entre les étoiles.
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La paille des étés
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La paille des étés, avec les machines en ferraille à grandes roues abandonnées dans les champs, et les ombres tirées des bottes roulées, ici et là, ou des haies violettes, quelle nostalgie dans le soleil bas !
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Entre les troncs des peupliers frissonnant ainsi que des eaux verticales, les toits rouges des fermes et la pointe d'une chapelle, dont brille un pan d'ardoises turquoise en lequel le couchant se mire.
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Éparpillées dans les prés, les vaches roses, couchées sur leurs genoux, ruminent en contemplant la lune montante et rêvent de porter au front la lumineuse paire de cornes de cette aïeule céleste.
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Museaux humides et pâles mâchouillant de droite à gauche, repli des grandes narines, regard long et paisible d'herbivore aux longs cils, robes tachées de blanc ou de noir, secouez de temps en temps vos cloches,
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pour réveiller mes souvenirs avec l'odeur envoûtante des bouses et la beauté du ciel, où dans le noir qui monte, avachis s'allongent des troupeaux de nuages dont on n'aperçoit plus que les regards brillants...
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La paille des étés, avec le vieux assis sur sa branlante chaise sur le seuil dans les cris des hirondelles qui font sous l'auvent la navette, et l'on voit les têtes blanches des petits, le bec béant par le trou des nids écailleux.
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Et comme une hirondelle, la servante en bleu sombre maçonne des fromages dans des lits d'orties, sur les étagères, les saupoudre de fleurs de lavande, puis s'en va vers l'écurie meuglante traire les bêtes revenues...
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Alors qu'un petit garçon qui me ressemble observe une araignée qui monte et descend près de la porte crépusculaire, dans la lumière d'une ampoule clarteuse, devant la lucarne dont la vitre est obscurcie d'une farine d'oubli.
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Quelque chose de vert
(Titre de Fredric Brown.)
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Au-dessus de l'omoplate gauche, je sens que serrent mon épaule
les pattes d'une chose verte et souvent bavarde
que nul ne peut voir ni toucher...
Il me semble parfois lorsque je marche dans la rue
que ma jambe droite sur le pavé sonne comme du bois,
que j'ai sur la tête un tricorne, au côté un sabre d'abordage,
et sur l'oeil un bandeau de cuir pour mieux voir la nuit !
Et la chose verte comme un papegai que nul ne peut voir
ni toucher me grince à l'oreille de temps en temps,
tout bas comme l'esclave du triomphateur :
Souviens-toi, scribouillard folâtre, que tu es mortel...
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Addict
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Ils ne risquent pas de se tromper – ceux-ci qui sont jeunes et pleins d'espoir, et qu'émeuvent les mots à jamais.
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Les bras levés, danseuse, elle balance en écoutant une chanson. Son nombril rose apparaît dans l'intestice des vêtements.
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Tu regardais le soleil en face. Il t'a ébloui. T'a rempli les yeux de larmes. Mais ne t'a pas aveuglé. De ces stupides victoires de l'enfance.
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Quand tu plonges les mains dans l'eau de la Méditerranée, il y a longtemps que tu as remarqué que tout se passe comme si elles ne faisaient plus partie de toi. Idem, lorsque tu t'emportes à écrire un poème, du moins ce que tu as cru en être un.
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Aucune humilité n'est suffisante comparée à celle des arbres et des roches. Le seul acte d'écrire a vite fait de te le faire comprendre. Mais pour le cas où cela ne suffirait pas, restent les autres arts.
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Les seules pierres qui ne soient pas malheureuses sont celles que projette aux cieux l'éruption d'un volcan. Elles ont l'impression de voler. Bref bonheur.
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Ce gros galet gris soudain se met à marcher parmi les autres. Puis il s'envole. Un instant l'esprit voit contredite la gravitation. Est-ce un rêve, non - une mouette !
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Aussi bien que dans la forêt jadis, ou dans les labyrinthes de rochers en montagne, je m'égare dans le langage afin de me trouver. Aucun parachute ne retient celui qui ne tombe pas.
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Au fond de tout vertige, on entend lointain, presque imperceptible, l'éclat de rire parfois sarcastique de la mort. Ce vertige, écrire me l'impose en permanence. Il faut admettre que c'est devenu comme une addiction.
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Indigence
Il n’aimait guère ce qu’il avait écrit. Ce qu’il allait écrire seul le passionnait. Sitôt qu’il commençait, afin de laisser refroidir ses neurones, à décalquer sur le papier l’impalpable qui brasillait dans son cerveau, le phosphore des idées s’éteignait comme l’aile chatoyante d’un grand paon du jour lorsque, grisée, la poudre en est restée aux doigts. Affaire d’interférences sans doute entre la lumière d’un rêve et celle d’un monde, issues chacune d’une source différente. Langage, cendre de ce qui fut irisé, éleva la sphère de ton regard vers l’altitude, et bulle éclata parmi les étoiles comme la grenouille de la fable.
Asthénie poétique
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Jamais elle n'en avait assez du babil, des vocalises
et roucoulements des passereux et des tourterelles ;
Pour poésie elle réclamait l'azur d'un jour d'été, quand
monte en tremblant du sol un hymne de chaleur limpide.
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Il lui fallait pour églogue un clan barbu aux belles cornes
broutant parmi les ombrages aux surgeons des troncs.
Une Arcadie serait la bienvenue, qu'animeraient Daphnis
et sa Chloé aux joues roses, baisers verts et sadinet ombreux.
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Qui suis-je hélas pour mettre des rubans au cou des brebis,
pour raconter un monde perdu où gentils bergers et bergères
marivauderaient parmi les prés émaillés de boutons d'or,
moi qui n'ai même pas assez de souffle pour qu'on me le coupe !
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À l'infini...
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Un cantilène exotique esseulée
comme flûte dans le vent des hauts-plateaux
et qui revient toujours sur la dominante de sa douleur
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Qu'on me redise l'odeur pure des neiges anciennes
et les bourdons consultant les corolles du printemps
pour en recevoir un or silencieux et sage comme un conseil
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comme flûte dans le vent des hauts-plateaux
la voix un peu sifflante un peu éraillée
et qui revient toujours sur la dominante de sa douleur
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Qu'on me redise les beaux animaux aux fines jambes
les nuits de danses ivres pareilles à des toupies violettes
sur des mélodies tissées d'une joie aigrelette
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et la flûte dans le vent des hauts-plateaux
qui laisse s'effilocher la cantilène d'un exil
et qui revient toujours sur la dominante de sa douleur
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Mais si mélodie peut revenir sourdement nostalgique
tissée sur les cordes aigrelettes d'une grinçante joie
du fond des vieilles nuits ivres et tourbillonnantes
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Toi l'aède au visage raviné par les griffes des années
tu ne reviendras jamais ni sur tes pas ni sur tes amours
ni sur tes chansons pareilles aux cantilènes d'un exil
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malgré cette voix un peu sifflante un peu éraillée
comme flûte dans le vent des hauts-plateaux
et qui revient toujours sur la dominante de sa douleur
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Abandonné
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Abandonné de mes vieilles étoiles dans ce paysage
blanc et plat comme le lait de Paul Valéry,
je cherche où je suis et dans quelle direction trouver
la lune des feuillages clapotants qui fut toujours mon amie.
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Mais de direction point. Mon poème désormais
est une perle sans orient. A demi naufragé au sein de son image
il semble encore surgir du ciel. Lequel n'est en vérité que l'eau
croupie d'un port où rouillent les moteurs déglingués des années.
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Scandant tes vers, voici que tu grinces des dents comme un fantôme.
Tant et tant d'années qu'au fond de toi, tu portes ton propre deuil !
Dentelle de Valenciennes, cet entrelacs de mots devenu désuet,
tout juste bon dorénavant à susciter la mélancolie des grand'mères !
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S'en vont mes jours....
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S'en vont mes jours, je ne les retiens pas ! Du reste qui
pourrait les retenir ? Ma poésie faiblit comme eux et s'amenuise
et se délite... Seules des bribes me restent, griffonées en hâte
entre deux urgences, sur des bouts de papiers de fortune,
que des ronds de café pliés ont tachés comme planches
du test de Rorschach... Et j'y lis des sourires noirs, et des
vespertilions affublés d'ailes dignes du Batman des pulps
que mon oncle marin, quand j'avais dix ans, me rapportait
du Venezuela. Nous écoutions ensemble sur les ondes courtes
les bateaux communiquer entre eux en morse – tuuut - tutututtt-
tu - tut - tut tut tut tuuut tuuut tuuut tut tut tut – save our souls !
(Il était le télégraphiste d'un bateau marchand et voyageait
constamment !) Allez-vous-en mes jours. Je ne vous retiens
pas ! Je connais l'invisible vampire qui nuit après nuit insen-
siblement m'anémie. Et je connais quel rire noir m'attend.
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Elles sont belles les Autorités !
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Pendant que les politiciens s'efforcent de faire mousser
du mieux qu'ils peuvent l'écume des choses
convaincus qu'être utile à soi c'est être utile à tous
on construit au bord de la mer leurs villas aux arcades blanches
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Ils parlent d'égalité de redistribution de justice sociale
sans la moindre idée (de quel parti qu'ils soient) des misères
et des inquiétudes des gens qu'ils feignent de vouloir
aider de leur sollicitude hypocrite Qui a jamais vu - disait
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mon père avec un sourire spécial – un homme politique pauvre ?
De fait ils ne servent à presque rien Ils sont des ornements
destinés à calmer le peuple (contre rétribution sonnante
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et trébuchante évidemment) Mais ils ne doivent surtout pas
se laisser prendre la main dans la tirelire d'une banque suisse
Nul ne doit savoir Chacun tient l'autre par la barbichette !
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Nostalgie d'un été
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J'épie les ombres qui sous les rayons de mes regards
se retirent peureusement derrière les choses
Derrière le vase où penchent les fleurs Derrière le tronc
du pins qu'examine l'écureuil Derrière la borne qui se
soulève d'entre les herbes comme pour dire je suis là
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C'est l'août qui éparpille en pluie ses grains de chaleur
sur le verger Le petit garçon éclabousse la piscine
La sœur vaque à mille choses réelles et nécessaires
pendant que dans chaque coin de la cuisine j'écoute
les silhouettes grises des ustensiles pousser de petits cris
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À l'étage le chercheur explore son monde virtuel
ou prépare quelque laïus à l'intention de ses frères
Par la fenêtre les collines s'éloignent jusqu'au rivage
mais on ne peut les voir par les volets mi-clos
Enfoncé dans un fauteuil profond du salon je sens
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ma tête qui sournoisement dodeline en signe
que l'heure d'une sieste approche à pas de loup !
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Révision paisible (pour une fable)
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Toi qui désespères étouffé par les anneaux de ce python
qu'est le fantasme obstiné de ce que tu voudrais être
alors que tous les jours tu constates que tu es
manifestement autre - ne te laisse
plus broyer Enduis ta pensée d'huile et glisse souplement
hors de tes obsessions pour n'y plus revenir
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Que te sert antilope de te rêver lion
À fréquenter les lions tu finiras dévoré
et tu n'auras rien compris
alors qu'antilope au milieu de l'innombrable troupeau
(si tu l'acceptes) tu vivras selon qu'il te convient
sans épuiser vainement tes forces à rivaliser
avec ce qui t'est étranger
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Les seules révisions déchirantes sont celles
que l'on n'a pas eu le courage de mener jusqu'au bout
Les autres libèrent et vous rendent le droit au bonheur.
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Bouquinistes
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Des livres puis des livres et encore d'autres livres ! Combien ne faudrait-il pas de paires d'yeux pour en lire un pourcentage infime ! Parmi le fatras accumulé, dort sans doute la merveille que toi tu n'as pas su écrire. Pareille à cette amphore peinte où quelque émigrant du passé avait dissimulé bijoux, émeraudes, diamants, mais l'immense vague a coulé le navire avec son équipage et les trois mille autres amphores identiques de la cale jonchent parmi les débris de l'épave, livrées aux algues, mousses, dépôts de vase, depuis un temps indéfini. Quant à toi, tu as renoncé à parcourir les quais en archéologue pour une hypothétique trouvaille. Car ton temps à toi est mesuré. Le peu que tu aimerais lire, mieux vaut l'écrire toi-même. Si tu es attentif, tu découvriras que dans le fatras de tes pages accumulées, d'aussi fortes surprises t'attendaient.
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Ce qui t'est promis
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Mon esprit empare-toi de ce mélèze ou de ce cèdre du Liban
d'un gris-bleu que rien n'égale
Ainsi tes strophes par larges phrases au soleil
cherchent dans l'air leur chanson
avec cette voix étrangère qui traîne sur le mot dolor
Que le tronc
écailleux comme la patte d'un vieil éléphant espèce
comme toi presque disparue
vers l'azur élève un panache de pensées que la vallée t'envie
Toi sur le sommet du roc
où souffle la bourrasque de mer en t'apportant un tourbillon de feuilles
cueillies à l'arbre du couchant
Branches étagées
qu'organise l'ordre du souvenir et les ecchymoses de ta mémoire
Courbes gracieuses de ce qui n'est pas
sommeil d'automne
mais amante rêvée parmi les prés où l'encens brûle ses cassolettes d'or
Aiguilles ou rayons d'un phare
en sentinelle près de la maison où vivent ceux qu'on aime
qui tirent vers les cieux vitrés
les intersections de leurs hyperboles qui nul regard ne peut suivre
Ce mélèze ou ce cèdre du Liban
offre-le au langage
avant de mourir
comme si pareille action avait le moindre sens
et comme si
ton poème pouvait vivre plus longtemps qu'un brouillon de papier
froissé
que la moindre étoile par hasard allumée
en ses frondaisons par la nuit
va réduire en cendres.
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Résumé d'une folie
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Il avait rêvé d'un art poétique à mi-chemin entre la prose et le vers, d'un langage subtilement rythmé, à mi-chemin entre contrainte et liberté, disco et Webern. Que l'on entende aussi bien les tams-tams du coeur les plus sauvages, que les joliesses du violon, le timbre voilé de l'alto, la voix ensorcelante du violoncelle. Un art qui rendrait la parole capable de tout, et surtout de saisir en un éclair n'importe quelle apparition des êtres, avec le naturel propre à la nonchalante perfection inaugurée par La Fontaine et Diderot. Que la formulation de l'impossible ne sente pas la sueur. Que la syntaxe du mystère lui soit conforme, tel le sourire du Bouddha, de l'ange de Reims ou des couples Étrusques, et ne sente jamais l'effort. Que le frelon comme l'abeille y trouve son miel. Quitte à se prendre dans l'ambre éternel d'une aurore de pure beauté.
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Faudrait être sérieux !
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Elle compose des puzzles de galets de diverses couleurs
mais dans l'unique but de les bousculer avant qu'ils soient achevés
Elle va et vient en une sorte de danse qui anime l'espace
fait la joie des oiseaux et des promeneurs fascinés
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Ho ho jolie musique de mon cœur Écoute les pins qui te suivent
à travers les routes de l'air fleurant thym lavandes et menthe
Ils penchent vert pour approfondir la rivière sur quoi vacille en travers
un canot blanc d'où le rire nu des filles parmi les bambous se perd
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Venu des collines peut-être on entendra comme un flûtis de flûte
Ce sera le mistral qui procédant de soi descend jusqu'au plus près
des vagues dérouler quelques lés d'écume à faire des voilures
et me murmure que ma poésie ne doit pas être une sinécure !
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Averse de novembre
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Tu crois avoir gardé ton âme d'enfant mais c'est simplement
le gâtisme de l'âge qui te gagne et te pousse à t'attendrir
sur tout ce qui montre inconscience, courage et bonheur
de vivre malgré la triste splendeur des villes et la splendide
tristesse des faubourgs qu'on appelle aujourd'hui quartiers
sensibles – alors que pour les habitants tout est la cible
de leurs haines et qu'à douze ans ils violent et tuent sans
états d'âme – eux – experts à manipuler la kalachnikov !
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Ne fais pas soudain ce regard vide et hébété comme un
qui d'un regard bleu lessive cherche dieu dans les nuées
Fixe plutôt alentour ces vignes azuror - couleur disparue
de ton automne aux multiplications de feuilles pourpres
Réjouis-toi Trempe tes lèvres dans la source encore libre
Laisse au courant les paysages du reflet regagner la mer
Tu vois toujours ce que ne voit désormais plus personne
et c'est pourquoi le vent gifle tes yeux de larmes froides.
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Site du sans-retour
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Grappes de lumière au fond de toi qui sont incapable
de s'éteindre et s'expriment indéfiniment
au pressoir du cœur – ce sont les minutes et les heures
qui sollicitent constamment tes sens avec leur alcool
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les mêmes qui poussent un crapaud à baver sur des pâquerettes
aussi bien que toi à maculer d'encre des pages pures
Négatif des étincelles de l'aube dans les risées du strand
qui dansent et maillent de vaguelettes le ciel des profondeurs
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C'est à toi que j'écris mon âme ô fiction couleur de lys
Évanescent blason constellé de quatre lunes
en souvenir du temps des mimosas où régnait la licorne de mer
sur les brûlantes amours à quoi se réduisait notre jeunesse
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Aujourd'hui le jardin est mort Les orangers ont disparu
Sourates et béton ont effacé la pelouse où jouaient les enfants
Les rouges bougainvillées ne protègent plus personne
Et sous l'arcade nulle hirondelle jamais plus ne maçonne son nid.
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2 Novembre 2013
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Sombre saphir et giroflées Que suis-je
sinon une vague de deuil à travers le fatras merveilleux du monde
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Il y a longtemps que je ne téléphone plus
Chaque numéro de mes carnets correspond à un fantôme
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Hors de portée il y a ce lieu jonché de pierres
Sous la dalle aux trois pavots dorment les os de mes parents
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Si je dis « dormir » c'est bien entendu un euphémisme
pour l'endroit sur lequel une fleur noire étend immensément ses ailes
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Salives morves et crachats cerveaux vidés de mensonges
nous réduits à cette communauté du plus dur qui nous habitait
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Ici plus de trahisons Juste la vérité du vent qui courbe les cyprès
Les saisons désemparées qui ont perdu toute signification
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Sombre saphir et giroflées Je ne crois plus à l'amandier
constellé de lumière qui tient à donner l'illusion de la résurrection.
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