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Ne pleure pas

 

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Ne pleure pas, ne pleure pas fille des trois nuits

Un jour tu seras libre Personne jamais plus ne t'accusera

Même claquant de tes hauts talons sous la pluie, il y aura

du ciel bleu sur les trottoirs mouillés Les baisers dorés

des frais nuages se prendront dans tes cheveux bouclés

ainsi qu'un essaim de loriots dans les ronces aux mûres

d'encre noire Tes pensées en deviendront vertes et légères

balançant avec la douceur des branches au vent des forêts

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La blessure portée au rouge qui brasille au fond de toi

s'éteindra bientôt Les trahisons s'effaceront Je le promets

Je le promets Tu verras déclinées ainsi qu'un paon ouvre sa roue

les splendeurs du monde où que tu portes tes regards Oui !

Le soleil va sur les vagues déployer pour toi son éventail de feu

De la paroi nacrée de l'horizon te parviendra cette odeur d'oeuf

que le phénix à chaque aurore laisse flotter longtemps sur la mer

Ton cœur lui-même s'emplira du bonheur transparent qu'on voit

.

rafraîchir les galets lorsqu'on penche la tête au bord de l'eau

Si bien que ton monde enfin sera neuf, en grâce et pacifié.

 

 

 

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Inhibition jouisseuse

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Il écrivait peut-être parce qu'il n'osait plus parler à personne

piégé par l'impression d'être un enfant qui à force de bayer

aux corneilles a fini par gober sans le vouloir un moustique

d'abord amer - puis a senti l'insecte se changer en une étoile

si suave qu'il serre les lèvres de peur de la laisser échapper

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Ou alors son mutisme venait de ce qu'incertain de tout

il suivait la devise que son père lui avait enseignée

«Tourne toujours sept fois ta langue dans ta bouche avant

de dire quelque chose» Appliquant ce précepte il avait

senti sa bouche se changer en huître et chaque mot

en perle exquise qu'il aimait enrober de salive indéfiniment

.

Tout cela était d'un ridicule digne de la censure du juge Pinard !

 

 

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1944-2014

 

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Singulière conversation que l'on poursuit avec soi-même misérable bavard incapable de stopper le vent et bien sûr n'évoquons pas les terribles désastres qui frappent les êtres humains partout autour de la machine ronde

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et que leur cœur même et l'amoureuse multiplication - grains de sable de la mer et étoiles du ciel - qui en résulte ne feront qu'aggraver jusqu'au Grand Balayage Définitif L'humanité n'aura pas duré le cinquième du temps qu'il a fallu

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aux puissant dinosaures pour s'anéantir Ainsi donc la vie si son programme réussit trop bien à une espèce les forces qui l'anéantiront elle les contient en germe et nous sommes promis à devenir inéluctablement

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les victimes de cette règle autrefois par les sages grecs formulée en deux mots «Δεν ύβρις» qui signifiaient pas d'excès sinon les dieux se vengeront Or quoique nous n'y croyions plus les dieux ont déjà commencé

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à se venger Les glaces retournent avec fracas à l'océan de plus en plus tôt et meurent les beaux animaux qui les arpentaient Pour ce qui est des océans ils se vident Bientôt on ne saura plus qu'il a existé les merveilleux poissons

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brillants comme des lingots de métal fraîchement démoulés qui se glissaient entre deux transparences du courant avec la même vivacité que nous enfants entre les plis des draps odorants et mouillés que nos mères avaient parallèlement

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suspendus dehors sur les cordes à linge pour que les sèchent le vent que l'on ne peut stopper et qui rafraîchissait nos fronts lisses en ces temps paisibles où nous ignorions tout des terribles désastres qui frappent les humains.

 

 

 

 

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L'amour ?

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Cette fleur qui dans tes yeux a pris un éclat de source.

 

 

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Va, lumière !

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Un air métallique de guitare seule avec sa passion

tantôt mélodie cristalline et douce tantôt accords rageurs

Subitement – retour à La Barrosa ! La fête gitane sur la lagune

de Santi-Petri ! Los Drogos et la villa Maria Del Mar !

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On était heureux Avec les amis on faisait des plans d'avenir

On voulait acheter cet appartement tout en haut

qui laissait voir la pinède comme un tapis jusqu'à l'étincelant

océan Mais les vents ont tourné ainsi que la stupidité des hommes

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À présent je m'efforce surtout de ne pas revoir le passé

De ne pas revoir le mur avec le premier poème de la Pierre Amour

au fond du parc où j'écrivais dans l'odeur du soleil et de la résine

Je ne relis même pas les grands cahiers que j'ai remplis alors

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Mais dans ma tête sonne encore le chant du Guadalquivir

transparent avec les mulets qui frissonnaient sur place

dans le courant paresseux dont le cours s'évasait vers la baie

qu'au loin ornait la couronne blanche de Cadix aux ruelles serrées...

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Et je repensais à Jean Cassou à la graphie singulière de ses lettres

à ses poèmes à ses rêves ses aventures « l'Espagne au coeur » !

Il suffit de quelques notes belles et cruelles de Vicente Amigo

pour que le cœur se rouvre et s'épanche en une fleur sanglante.

 

 

 

 

 

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Paroles d'argent

 

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Marchant, tu marmonnes en ne regardant que tes pieds... Le vent soulève des voiles blancs au flanc des sommets, tu n'en as cure. La lumineuse beauté des hauteurs, ta conviction est qu'elle est hors de portée.

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Scander le temps avec des mots, sentir le sang battre à ta tempe durement, patienter tandis que le soleil traverse les feuilles, inventer un amour du monde alors qu'il est voué à être pulvérisé. Voilà tout ton bref avenir.

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J'ai tenté d'aimer un mystère en lequel je suis tombé comme un martin-pêcheur dans un torrent. L'oiseau revole vers sa branche avec une nourriture argentée au bec. Le mystère ne m'aimant pas, je rampe avec de bonnes paroles qui ne me nourrissent pas.

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Cet objet sculpté, abstrait, au centre de l'esplanade, tel un cumulus

isolé dans l'azur... Cet olivier compliqué, muscles sur muscles à crampes de bois, seul au milieu d'un vaste champ de lavandes. Toi, spectre au cœur d'une intarissable solitude.

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Ce que chuchote la brise à ton oreille, comme à celles des fleurs, est une langue parallèle et fraîche. La même parlée par la mer et les conques, par les cascades, par les étoiles. La même qui la nuit te dicte tes songes.

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Comment celui qui ne l'a jamais écoutée, ni entendue, pourrait-il en reconnaître la réalité quand l'esprit en état second tente de la traduire en délire poétique - de même qu'en respirant la fumée des lauriers, la Pythie se faisait porte-parole d'Apollon ?

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Ces accents désorientants, désorientés, pareils aux inflexions de voix de l'Amoureuse : la poésie.

 

 

 

 

 

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Lettre à personne

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L'oiseau bleu que tu m'as jadis apporté tremble toujours au fond de ma nuit, mais aujourd'hui il est pourpre.

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Tu te souviens comme était amer le café à l'heure où, attaché par sa laisse au ponton, notre esquif tremblait d'impatience, l'étrave tournée vers le large ?

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Tes hanches, le miel des cheveux, ton sourire étrusque, le vent qui venait de l'horizon comparer le vert de tes yeux à celui des mers froides qu'il avait survolées. Ta personne infinie.

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Mon langage alors cherchait des tours séduisants et précieux. Comme si le geste de tenir ta main avait besoin d'un complément d'information. Étourdissant soleil.

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Jamais je n'ai voulu au sein du langage pêcher un poème. Assez jeune, j'ai senti sans l'avoir prémédité ma pensée fondre sur une parole d'argent. Je rêvais, réfugié dans l'or d'une icône.

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Au cœur du déluge, toi et moi nous abritions du mieux possible. Nous avons vécu de peu. Noblesse austère des dunes.

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Mon unique sujet de mélancolie : ne t'avoir pas su restituer à ta grâce native, à sa magnificence vertigineuse. J'ai voulu haranguer le silence avec des lèvres de bègue.

 

 

 

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Traumatisme imprévisible

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Enfant, une grand'tante qui habitait au Moulin

et s'affairait à sa cuisine t'avait donné une truffe

poudrée de cacao dont tu t'étais emparé si vivement

que tu n'avais pas laissé à ta bouche le temps

de remercier : « Il faut être poli mon garçon. Dire

merci Si tu ne le fais pas tu seras un nain gras ! »

dit avec un sourire mais le doigt levé la vieille dame.

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Brusquement tu t'es vu comme au Musée Grévin

dans le miroir qui rend les gens énormes à la taille

et les rapetisse d'autant Tu t'es dépêché de bafouiller

un merci empêtré de salive et de chocolat tout en

éprouvant la conviction irraisonnée qu'il était trop tard

comme si la bienveillante sœur de ta grand'mère

eût été une sombre fée qui t'avait jeté un sort irréfragable

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Oh les ravissantes terreurs enfantines Les douces

culpabilités pour des crimes insignifiants !

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Depuis – quoique cela ne se soit pas vérifié puisque

tu as grandi raisonnablement – dans un coin

de ta conscience ne dort que d'un œil une vague

appréhension face aux délices chocolatés !

 

 

 

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Soirée en famille

 

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Rue et trottoirs en face de chez moi

assombris par le soleil

enflammés par les baisers de la pluie

Novembre versatile arrive sur les ailes

des premières formations d'étourneaux

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Hier les enfants sont venus passer la soirée

avec leurs conjoints – enfants adoptifs ! -

Nous avons bien ri et profité d'un exaltant

moment de bonheur Je ne m'imaginais plus

que mes enfants si sérieux d'ordinaire

et plein de graves soucis comme nous tous

étaient capables par les temps qui courent

de nous offrir autant de joie...

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Peut-être sont-ils conscient que nous sommes

au novembre de notre existence

et dans la délicatesse de leurs cœurs

ils ont choisi d'être légers et de nous épargner

à leur sujet davantage d'inquiétudes

rendues ravageuses par notre impuissance

de parents qui se sont efforcés d'être à la hauteur

évidemment sans y parvenir

.

Car dans l'horreur de ce qu'est vivre

quoi que l'on ait fait pour eux, ce ne fut jamais assez

et notre rêve de leur éviter les pièges affreux

dans lesquels nous sommes nous mêmes tombés

est un espoir que nous savions parfaitement vain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Allégorie

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Il jette le filet transparent sur l'instabilité

bleue de la houle qui balance sa barque

Il attend quelques minutes puis le retire

Par-dessus le plat bord apparaît une poche

où tentent de se débattre quelques créatures

métalliques Il les trie dans la flaque du fond,

rend à la mer ceux qui ne conviennent pas

laissant les autres gigoter autour de ses bottes.

L'éventail de l'aube fait place au plein jour.

Assis à la poupe du canot il guide le moteur

ronflant vers le port Une poignée de clients

sur le quai l'attendent cabas au coude Il sait

d'avance que tous ses poissons ruisselants

emmaillotés d'éclairs vont trouver preneur

Dans la région il est le dernier pêcheur.

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Enfantillages et billevesées

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Quel dommage qu'il n'existe d'anges qu'en songe

lorsque soudain le poème annonce avec la voix silencieuse

d'un souffle emprunté à l'être caché que nous sommes

et soudain toute chose brille comme un cuivre

qu'aidé d'un citron l'on vient fraîchement d'astiquer

.

Sans haine je les imagine ainsi que des nuanges

blancs comme lys indéfinis au plus près du soleil

chérubins potelés chargés d'exécuter la musique des sphères

tels que les a peints le subtil pinceau de Carpaccio

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Là-haut le jour ne brûle ni ne cloque Il cautérise

les plaies du cœur Les cicatrise au crépuscule

avec le mercurochrome du couchant

Billevesées

que tout cela poète idiot ! Tu devrais cesser de te

raconter de tels enfantillages en un siècle sans illusions

où la poésie exige en mots le plus impitoyable réalisme.

 

 

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Révolte étouffée

 

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À qui la faute si ne s'éteint pas

cette braise au fond de toi semblable au lumignon

rouge qui perdure dans les cryptes

ou les chapelles de vallons perdus

.

Tu devrais renoncer à cette ridicule

révolte qui ne dit jamais son nom

et refuse enfouie dans les tréfonds de ta conscience

de se manifester

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Que sert d'avoir honte des humains

dont tu es D'avoir honte des politiciens

des hiérarques de tous poils Des mauvais maîtres

et des mauvais disciples

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Bref de ce maigre univers en lequel

même le cercle des meilleurs amis fomente

ses stupides cruautés et ses pièges imbéciles

comme si toi pauvre naïf aux airs d'ahuri

 

tu pouvais être une menace pour quiconque !

 

 

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Galets-nuages

 

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D'au-delà de la mer aujourd'hui les corbeaux de la lumière

m'ont apporté des nouvelles de l'Île d'émeraude

Le ciel bleu pâle de novembre bleuit leurs plumes noires

alors qu'en croisant les pattes ils arpentent l'arête

de l'immeuble voisin À présent voici qu'entre eux

ils complotent en latin sur l'avenir Je n'y comprends

rien sinon de temps en temps le mot «Cras-cras-cras...»

.

Je revois les falaises blanches aux airs de millefeuilles

Les passes écumantes aux courants bleu-marine

tombeaux de frégates sémillantes et d'antiques galères

Les récifs gris-rose où se dressent les hauts-reliefs abstraits

du hasard près des lames qui s'acharnent à les repolir

Car comme on sait le hasard fait bien les choses

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Qu'ils sont émouvants les mondes lointains Les mondes

auxquels l'espace et le temps offre un lustre indéfinissable

Avec leurs langages sonores qu'on ne comprends pas toujours

Avec leurs rêves blancs tels des monastères ou des églises

Avec leurs rues étroites où passent de jeunes couples enlacés

parmi lesquels en scrutant bien l'écran de ma mémoire

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Je nous aperçois jeunes et gais main dans la main

entre les façades basses dont les pampres encadrent

des portes peintes où des femmes dans la pénombre

discutent en agitant des casseroles à bout de bras

Je nous aperçois dévalant les escaliers blanchis à la chaux

et les pavés luisants pareils à ces galets clairs que nous avons

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gardés en souvenir et qui près des livres jonchent nos étagères

avec la simple géométrie de nuages de bonheurs condensés.

 

 

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Muse endormie

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Écoutant la veilleuse dorée, le mutisme de la vigne

de métal qui l'enlace et ton silence aux paupières baissées

je m'émeus de la proche tiédeur de ton corps

de son souffle timide autant que de la courbe du cou

en laquelle ton entière nudité s'est réfugiée

.

La grâce de l'hirondelle alliée à la diserte alouette

explore l'aube en train de souffler ses millions d'aigrettes

de vertige qui argentent le ciel où mes yeux se perdent

tandis qu'elles diamants retombent sur feuilles et fleurs

des collines aux joues douces et les plaines mal rasées

.

Paisible auprès de toi j'observe le pourpre moutonnement

du petit-jour par la baie vitrée à laquelle s'intéressent

les bambous penchés et leurs merles hyperactifs

Un premier avion trace un trait de craie rose là-haut

Réveille-toi ma belle amante Ici la vie s'impatiente!

 

 

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Illusion sans retour

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Voyant les tourelles du château par-dessus

les frondaisons agiter à leur pointe d'ensorcelants

oriflammes, je suis parti à travers la forêt séculaire

si buissonneuse et dense que les ronces derrière-moi

se refermaient instantanément sur l'ordre des branches

qui se détendaient comme des ressorts pour me signifier

qu'aucun retour sur mes pas ne serait admis

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Là-bas j'imaginais la Belle au bois dormant

sur une couche étendue dans un halo couleur d'éternité

et dans ses rêves imaginant qu'on la réveille d'un baiser

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Du vent soufflait là-haut remorqué par des locomotives

dissimulées sous des vapeurs d'une opaque blancheur

qui par-dessus les plus hauts sapins l'entraînaient

vers le passé dont on devinait à l'horizon les murailles bleutées

.

J'ai marché sans aucun sentier qui me guide

sans étoile presque oublié de tous

à travers sables-mouvant marais rocailles moussues

inconscient de ce que le but que j'entrevoyais

de temps en temps par l'échancrure entre les cimes vertes

tantôt nues tantôt enneigées tantôt encoconnées

par les chenilles roses et grouillantes de lumière de l'aurore

jamais ne semblait grandir ni s'éloigner

J'ai marché des années jusqu'à sentir mes jambes durcir

et se paralyser à l'instar du bois des troncs environnants

juste comme enfin j'acceptais que le but de ma quête

reculât exactement à proportion de mon avance.

 

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Livres reçus

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Les livres de poèmes s'empilent

À peine ai-je le temps d'approfondir un peu

ceux d'amis dont j'admire le talent

Les livres d'inconnus sont émouvants

souvent accompagnés d'un petit mot d'hommages

Contraint de les parcourir d'abord rapidement

j'y découvre des pages phosphorescentes d'espoir

.

Je m'attelle à tenter d'en dire quelque chose,

Froisse le feuillet et recommence

...Si difficile lorsqu'on n'est pas intelligent

de synthétiser le monde des autres

sur les seuls indices d'une suite de poèmes

qui se débattent manifestement avec l'Obscur !

 

 

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«Poésie en archipel»

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Lorsque les peines sont trop lourdes

lorsque le ciel de lait tourne au linceul

lorsque dans la fente de l'horizon une main

de lumière poste les nuages illisibles

tandis que la mer étale

sur ses mille genoux bleus nous ouvre l'espace

où déployé le désespoir

tourne en cercles

ainsi qu'un pygargue

.

Prends ton voilier léger filigrane

de rêve ornant l'épair de la réalité

et le cœur gros mais vaillant

appareille pour te consoler

vers ton archipel

de poèmes heureux

en songeant à tous ceux

pour qui c'est impossible.

 

 

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Absolu démasqué ?

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Se pourrait-il qu'en raison de sa logique, la technologie soit impérialiste, envahissante, et dangereuse parce qu'elle altère at gauchit subtilement les réflexes et la mentalité des êtres humains, en direction d'un fascisme naturel, je veux dire qui est dans la nature même du fonctionnement technologique foncièrement aristotélicien – du tiers exclu. Quel trouble alors jette dans ce fonctionnement et raisonnement, la physique quantique. En effet, rien n'explique vraiment les quantas de Planck, pas davantage que le nombre Pi, par exemple. Comme si derrière un univers des causes et du relatif, se dissimulait un impensable absolu.

 

 

 

 

 

 

 

 

Jours dérobés

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Peu de choses à imaginer, pour que l'on assiste à la surrection de ton fragile univers. L'adret semé de pins parasols sur la couronne desquels s'attarde parfois mollement un nuage, dont le ciel d'été n'a rien à craindre. Au-dessus des brisants enluminés d'une fleur d'écume, la tour d'un phare mouline l'invisible fil de la nuit comme un pêcheur sur la jetée - ou comme nos grands-mères tiraient le fil d'un vieux pull-over bleu-marine pour en récupérer la laine -, jusqu'à ramener l'aube rétive qui rue en argentant les vagues.

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Étranges images qui se déclinent à la façon des feuilles compulsées par la brise : elle vibrent tour à tour. Les chants d'oiseaux se tressent à leur murmure froissé pour de secrets caducées. Ce sont voix qui évoquent des gens qu'on a pu connaître, mais trop fugaces identifier quiconque. Un goût de grappes alcoolisées pour enivrer les grives. Un étonnement de se trouver nez à museau, entre deux rangées de vigne, avec une biche au long regard étoilé. Éclairs incertains. S'ils étaient la mémoire d'une accalmie, leur violet ne surprendrait pas.

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Le port endormi dans les voiles d'un trois-mâts grec... Phrase lue dans quelque livre. Un instant de colère, de n'en pas retrouver dans ta tête l'auteur. Comment peut-on ainsi être hanté d'images encryptées dans des mots ? Elle trahissent une violente impuissance. Le couvercle du volcan saute et une pluie de pierres ponces incandescentes décrit des paraboles dans le ciel intérieur. À peine refroidies, voici le littoral jonché de galets d'ambre gris qui embaume. Des anges nus sous leurs tuniques blanches arpentent le bord, ils les collectionnent.

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Dans leurs paumes immatérielles, on voit les pierres s'épanouir comme des fleurs. Qui se mettent à sonner comme des cloches. Puis s'élèvent vers le ciel, soudain multiples bulles irisées, tandis que la lune est descendue visiter le potager, écartant les feuilles des choux-fleurs pour observer leurs blancs visages et vérifier qu'ils lui ressemblent. Au point du jour, dans la lumière rasante qui allonge les hautes herbes, on verra voleter en veste noire et plastron blanc la pie qui sait tout, et qui du bec prépare dans un chêne le nid radieux du soleil.

 

 

 

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Phrases modérément drôles

 

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Quelle sensualité dans la pierre, quand elle résiste à la main ! Quand l'éphémère rencontre ce qui dure. Sensation de sculpteur.

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Il aurait voulu être un intellectuel. Peut-être un philosophe. Les mots lui ont façonné une pensée qui l'a conduit ailleurs.

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Acéré, et pourtant navré par le malheur quotidien des hommes. Se peut-il que compassion et dévouement soient l'athanor qui opère la mutation de la faiblesse en force ?

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Qu'il est plaisant, ce bateau blanc qui danse dans la crique prêt à mettre les voiles. Il est la synecdoque de l'univers.

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Ton poème, l'étoile minérale dont le reflet s'agite et brûle au fond de l'eau pour faire semblant d'être une étoile de mer.

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Ton monde n'est-il pas trop beau pour être vrai ?

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Qui n'a pas vu la rage des tempêtes, avec leurs vagues hautes comme des immeubles, ou le ruissellement embrasé d'une éruption volcanique, ignore tout des dieux.

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Le soleil dans l'azur est le dauphin du ciel. Il appelle avec des ultra-sons. Sa fidélité est immuable. Ami de l'olivier, il en suscite l'huile dorée. Il sort puis replonge dans l'immensité, seul le regard peut l'approcher – de loin.

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Tous rêvent de composer le petit livre que chacun aura envie de conserver en permanence dans sa poche. Seuls quelques meneurs d'hommes, apôtres ou prophètes, y sont plus ou moins parvenus. Neuf fois sur dix, le résultat est un désastre.

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Jusqu'à quel point la pensée logique en laquelle s'opiniâtre l'être humain le conduit-elle à s'autodétruire ?

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Cette porosité en toi, par la corrosion des années, tu la colmates avec des couches de poèmes. Il s'agit d'asphyxier grâce aux vers d'aujourd'hui le taraudement des vers qui t'attendent.

 

 

 

 

 

 

Réajustement

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On ne sait vraiment qui l'on est que lorsque, après avoir réalisé ce qu'on espérait le plus intensément, on a découvert le si peu que c'était. Le masque de l'espoir ainsi tombé, il ne reste de nous que ce que nous sommes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour une Vanité

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Torréfier les mots pour qu'ils dégagent leur arôme

grain après grain à mi-chemin entre chapelet et café.

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Animaux, arbres. Cheval, chèvre, vache, cochon, chat,

chien, poules, brebis, chêne, frêne, acacia, amandier,

nèflier, pin, olivier, pommier, prunier, syllabes, syllabes !

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Entre deux jeunes bouleaux ou deux peupliers frissonnants

tendre un hamac imaginaire et dormir dans le vent.

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À force de faire signe à la nuit à grands renforts de soupir

ton âme viendra bien cueillir ton âme parmi les étoiles.

 

 

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Mot-clé

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On est toujours surpris, malgré l'habitude, de découvrir sous le mot-clé « poésie » les plus banales et usées, voire navrantes, fantaisies sur le Net. Comme les humains, dépourvus de culture à propos de cela même qui théoriquement les intéresse, sont capables sans vergogne, avec une naïveté touchante, de réinventer l'eau chaude ou le fil à couper le beurre, convaincus qu'ils sont les premiers des milliards d'humains de l'histoire passée et contemporaine à y avoir songé. Pourtant Lautréamont disait que la poésie est à faire par tous et non par un !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prix Goncourt 2013

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Un lieu lumineux – tel est l'endroit où réside l'éclair durable

de ton poème ! Comme s'il logeait au cœur d'une source

en laquelle tour à tour le soleil levant puis le soleil couchant

viennent tremper leurs doigts en hommage à Homère...

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Mais ce n'est pas une source tranquille : on y entends souvent

des cris de révolte alors que les oiseaux viennent piquer du bec

leur reflet rageur, tout en racontant les injustices et les horreurs

qu'ils ont vues au cours leurs séjours aux quatre coins du monde.

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Pendant ce temps, à ma grande joie, le prix Goncourt est décerné

au type qui a fait un roman pour raconter les combines de deux

joyeux drilles qui montent une arnaque au monuments aux morts

J'ai vu l'air triste du gars à la télé. Oublié son nom. On le redira.

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Il n'a pas fini de répéter qu'il est heureux. Sa femme plus encore.

Le gros lot. Elle sait maintenant que son mec n'était pas un louzère !

 

 

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Le monde à l'envers !

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Si tu es entré dans un monde plus pur que celui d'ici

c'est en laissant derrière-toi celui que tu étais

naguère encore comme on pose un habit démodé

En ce monde-là n'entre pas mon ombre Le vent

s'y change en cristal qui - tel un insecte dans une aurore

d'ambre fossile y conserve le détail de ses antennes

pattes ailes aux membranes fines comme des cheveux -

emprisonne en un moment parfait aussi bien nos

rêves nos émotions nos souvenirs tout ce qui bouge

encore vaguement derrière nous en gesticulant

comme un hanneton à l'agonie que sa chute d'une

feuille a laissé sur le dos dans la poussière les pattes

en l'air incapable de se retourner ni de reprendre

son vol vers l'avenir dont l'azur occupe insolemment

toutes les facettes de ses yeux où le monde est inversé.

 

 

 

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Sic transit...

 

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Il parle d'une chambre tapissée de peintures poussiéreuses

en laquelle pour grandir son écriture il réduit celui qu'il est

à rien Juste un passant qui contourne les reflets où des fleurs

de pluie fleurissent les trottoir et mouillent de froid ses souliers

.

Il sait bien qu'il ne sera jamais compris et moins encore depuis

qu'il s'acharne à louvoyer parmi les syrtes de l'inexplicable

tandis que ses poèmes les plus hauts se cognent aux étoiles

entre lesquelles ils dérivent ivres tels des fragments de banquise

.

détachés par - disons-le en souriant – le réchauffement climatique

Fragments d'une glace pure avivée par le bleu-saphir translucide

des millions d'années Épaves promises à se fondre tôt ou tard

en l'immensité salée qui les rendra sans s'émouvoir à l'anonymat.

 

 

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Retour de la poissonnerie

 

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Le sac de coques déversé sur la table de la cuisine Voici

que son bruit est celui des galets rebrassés par le ressac

Mille secondes lâchées dans le même instant avec des airs

de fourmis noires qui courent soudain sur le papier blanc

Mais non ces petits abdomens et ces pattes sont ceux des mots

qui vibrent avec le crépuscule dans ton regard fatigué

.

S'établit alors le silence du premier consentement, du premier

choc des prunelles, du premier amour – l'irréparable, déchirant

traînant après lui sa longue piste de scories hérissées et de cendres

comme nous en jetions sur les glissades vertes des enfants

pour leur éviter (à eux ou peut-être à nous) de se casser la jambe

Par la fenêtre l'or tremblant du soir laisse des larmes sur les vitres

.

Il est temps de plonger au fond de toi pour ramener en surface

l'amphore aux jeunes hanches qu'un visage de divinité décore

L'argile est pétrifiée et sous l'ongle toque ainsi que de la pierre

mais s'ouvre encore sur suffisamment de vide et de profondeur

noire pour contenir le poème entier de tes chagrins, de tes douleurs

et le psaume continu du vent lorsqu'il soulève incessamment la mer.

 

 

 

.

 

 

 

 

Malinconia

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Vigueur noire – qu'on m'ôte le souci desséché

de tant de saisons périmées

comme d'une plate-bande les fleurs ternies

qui furent d'un si beau jaune d'or l'été passé

.

Ne pensons qu'au présent – ô noire vigueur,

puisqu'il n'est plus rien qu'on puisse faire

excepté ricaner d'un rire où la dérision

le dispute à l'amertume

 

tant les hommes sont acharnés à se détruire.

 

 

 

 

 

 

MEMENTO À REBOURS

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Oh je veux oublier ce vent de novembre qui traverse l'automne comme un oiseau fugace argente un miroir.

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Je veux cette nuit qui me dissipe dans sa noirceur et vide ma mémoire de ce que je suis.

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Sur ton front de statue le jour effeuille un bouquet de lis, tandis que je t'observe en train d'assembler des pierres polies par la mer.

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Cette méduse qui flotte dans l'immensité de l'eau verte, c'est ma conscience dans sa langue maternelle.

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La plaine angoissante. Vertige horizontal. Mais la verticalité d'une paroi où varapper comme jadis ne t'accélère pas le cœur.

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À l'image d'un arbre, tu as entamé une traversée vers un ciel qui n'a point de rive. Espères-tu qu'il vienne à toi sous forme d'un précipité d'oiseaux bleus ?

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Ton moi répondrait à la même définition que celle du point mathématique. Pour qui t'aime, il n'y a rien à saisir, qu'une cendre de mots.

 

 

.

 

 

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