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Arbres de Judée en fleur à Olympie...



Voeux de printemps

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Mimosas minisoleils en grappes, et citrons soleils qui dans leurs seins ont rétracté leurs rayons, fraîcheurs acides et verdeurs de rivières dans le courant desquelles les mousses font leurs nids, insoucieuses des bagages de reflets qui s'en vont à vau-l'eau... Il y a aussi le chat roux et le petit prophète, une expression de gravité sur le visage, tout attaché à la désignation des choses et aux raisonnements prévisionnels concernant le monde physique, le comportement des écureuils, l'influence de l'attraction terrestre sur les pins d'Alep... De quoi, mélancolique, je me compose un printemps personnel, enfouissant par caprice ma tête dans l'ébouriffement d'un olivier fictif.

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Soyez bons avec moi, je ne veux pas de tombe. Je veux, nuage gris, ensemencer la mer. Être, vague, emporté aux tournoiements des trombes et baigner les dauphins aux luisances de fer. Me mêler aux courants d'eaux froides et profondes aussi bien qu'au soleil infusant les eaux claires. Je veux être sans lieu, sans âme, sans regrets. Ce qui me fut volé aujourd'hui m'indiffère. Qu'on ne me rende rien, ni mon nom, ni mes traits, pour moi sera soulagement et grâce. Car je serait partout en n'étant nulle part sinon dans l'esprit ensongé d'une femme qui passe, ou d'un garçon qui sur les quais a, par hasard, pour trois sous acheté un recueil défraîchi de mes poèmes oubliés.

 





 





La Grande Braderie

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On brade ! À tous les coins de rue, sur les squares, les places, on brade le déluge des objets les plus bizarres, on vent la lumière, le vent, la mer, l'invisible, tout est à vendre dans mon pays en décadence.

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Moi je n'ai rien à vendre. Je jette mes vieilles machines usagées jusqu'à la mort, mes cartes-mères irréparables, mes milliers de vieilles disquettes qui n'ont désormais plus de lecteur ainsi que mes poèmes !

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Un monceau accumulé en une vie, un monceau devenu obsolète comme moi, à la poubelle ! Place à ma mort future ! Les vivants auront déjà tellement à faire au milieu de leurs contrées dévastées, on ne va pas

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les encombrer encore avec les vestiges déglingués d'une vie d'autrefois qu'ils ne peuvent pas même imaginer, et dont ils ne reste rien que quelques monuments encombrants auxquels je refuse de joindre mes reliques !

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On liquide tout ! On vire les vieux meubles, on vide les caves et les greniers, place nette avant le grand embarquement. Remplaçons l'odeur de poussière du vieux par le vent salubre du large, et la stabilité

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obscène de la terre-ferme par la danse légère, incessante, des étraves sur les clartés vives des reflets où se pavanent soleils et nuages. Bientôt on entendra dans l'eau salée le « ploc-ploc » des amarres

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larguée et les ancres barbues ainsi que les saints grecs des icônes déraperont vers des printemps défunts mais étoilés, et vers tous les concerts ineffables des anges que j'aurai jusqu'à présent, ratés...





 









D'argent et de cendre

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À force de pister la trace de l'invisible, le sentiment qui saisit l'individu qui veut écrire est celui d'arriver toujours trop tard,

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Tel ce détective qui voudrait deviner l'identité du criminel d'après le seul examen des cendres abandonnées au fond d'un cendrier en cristal...

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Humant l'air au goût de lame d'acier et d'ozone comme juste après un éclair qui aurait frappé derrière notre dos, le poète pressent ce que la science détecte.

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Avançons-nous, sans crainte de nous éprouver seuls, amis d'un désir qui offre à tous ses corolles merveilleuses, sans geindre de ce qu'il nous ait abandonné.

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Forgeons ce que l'on ne peut nous empêcher de dire, aussi direct et limpide qu'il nous est possible de le dire. Hélas, la simplicité n'élimine pas toujours le mâchefer de l'indicible !

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Que l'on cueille dans les champs un bouquet de fleurs pour personne, le hasard l'offrira de lui-même à l'âme insoupçonnée qui peut l'accueillir.

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Que tu es loin, malgré tant d'efforts et d'attention, que tu es loin du foyer prodigieux de ce que le philosophe appelle réalité !





 





Processus

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Que restait-il à dire sinon reprendre, imitant au bord l'inconsistante écume et son bavardage, les traits toujours semblables de la condition inhumaine de l'Homme ?

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La limite illimitait le regard demeuré, par malchance, de l'enfant frappé jadis par la perspective d'un périple tôt naufragé. Il lançait vers l'horizon, d'un coup telle une madrague, les visions engendrées par une douleur que la pensée ne pouvait appréhender.

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Noir breuvage salé des sirènes, le flot alentour d'îles roses auxquelles une répulsion magnétique empêchait quiconque, même en détresse, d'aborder. Pourtant on entendait les jacassements mélodieux d'oiseaux qui semblaient tout proches !

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Non, décidément, rien, sinon la pluie grises sur les quartiers sourdement haineux, le va et vient de passants anonymes, aux visages pétrifiés par l'indifférence. L'immense environnement de la cité, en somme s'était mué en piège.





 





Un rêve idiot

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Enfermé dans un rêve de hauts murs, tels ceux qui entouraient, au château de Sommervieu, le potager que j'apercevais le matin de la chambre avec les douves à gauche, et le bois, je me débattais et je tentais de m'échapper en mordant, pour creuser un trou !

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Ce que je mordais semblait parois de cuir, reliures de livres géants qui me cernaient. Cependant, cela s'avéra du biscuit, passé la fine pelure brune, et quand j'arrachai cette peau la surface qui se révéla était celle d'une galette, estampillée en creux des lettres LU.

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Finalement je me suis évadé, et j'ai rejoint un jardin où m'attendait Aïlenn, gracile comme une liane, qu'accompagnait notre tortue Caroline, ainsi nommée en hommage à une BD. Des orangers en fleur tombait un lourd parfum qui évoquait un jour de mariage.

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Lorsque du fond du jardin est arrivée, l'air souverain, chignon gris et visage indulgent, ma grand'mère, je me suis réveillé...





 





Jadis et naguère

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Ce dont nous parlions jusqu'au changement de millénaire, c'était d'union « légitime » et de la belle triade femme homme enfant. Tout cela désormais est rangé sur l'étagère des vieilles lunes jaune faïence.

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À côté, des piles de vieilles assiettes frangées de vert, avec au milieu des dessins que l'on trouvait tordants au siècle passé. Deux pioupious en shako qui regardent passer une dame sur un grand-bi : « Ben, mon colon, que dirais-tu d'une recrue comme celle-là dans la compagnie cycliste ? »

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Il y avait aussi le Baron de Crac, vêtu comme Voltaire, qui montait vers les nuées tiré par des cordes auxquelles étaient, ailes déployées, enfilés des dizaines de canards ainsi que les grains d'un chapelet...

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Sur la troisième, une ravissante nounou se laissait conter fleurette par un beau lieutenant à l'uniforme impeccable ; il lui tendait une rose, tandis que l'enfant qu'elle devait surveiller filait à l'écart avec son cerceau...

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Sur la suivante, les débuts de l'aviation avec un pilote de biplan qui part en vrille en perdant son chapeau, et ses employés inquiet pour leur patron qui courent en tendant un matelas pour amortir le crash.

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C'était drôle. On aurait dit qu'en ce temps-là existait un ordre naturel du monde, une sorte de règle invisible et familière, induisant une sécurité enfantine jusque dans les objets du quotidien. Depuis, le chaos est de retour !







 









Printemps périmés

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Bambin revenu au royaume des mouches lustrées d'un vert étincelant, revêtu d'un songe d'enfant blond et bouclé, voici qu'il lève des yeux ronds vers la voûte de fleurs du vieil amandier.

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Un démon veille derrière le tronc, de temps en temps dépassent sa grimace de malice et son oreille pointue ; il ricane avec les accents patoisants d'une ageasse puis brusquement déploie des ailes de chauve souris et s'envole à la cime.

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Là-haut assis sur un rameau, balançant ses jambes filiformes, il secoue les grappes de fleurs environnantes pour qu'une neige douce et lumineuse recouvre le rectangle du pré jusqu'à ce qu'il se change en page blanche.

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Du soleil neuf embaume l'atmosphère ; un chat lève ses moustaches et fronce son nez rose pour évaluer la densité de ce printemps-ci en senteurs vanillées. Les montagnes au bord du paysage ressemblent encore à des glaces italiennes.

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À la ferme tinte un grelot joyeux : la petite bergère à lunette détache sa chèvre noire pour la mener paître. Délices d'échanger quelques mots ineptes et de l'accompagner, un bâton de noisetier sculpté en main, jusqu'au col où gargouille le ruisseau.

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Sur une bouse abandonnée brillent des émeraudes. À midi, un petit feu et des patates cuites sous la cendre. Ah ! comme on aimerait se mettre à quatre pattes dans le gazon, une clochette autour du cou pour faire semblant de brouter comme une chevrette.



 



 

Murmure pour après

 

Quelques années en paix avant que ne soit annoncé le pire

Qu'un vent qui n'est pas du vent ne balaie inexplicablement le jour

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Qu'y changerait alors d'être seul ou de n'être pas seul parmi les hommes

Que les étincelles du feu aillent ou n'aillent pas se mêler aux étoiles

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Que t'atteigne l'épreuve sans récompense en tenant ou non la main

De tel ou tel d'entre tes rares amours dépouillés de ta protection

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Console-toi Ce n'est pas que rien de ce qui est ne sera détruit

Les aubes d'or Les regards amoureux Les enfants Les saisons

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Le temps La mer limpide L'espérance et ses horizons d'azur

Tout cela demeure Et ne perdra prochainement son sens qu'en toi

 

 

 

 

 









Untergang

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Qu'il était horrible - et doux pourtant

le temps où le poète pouvait écrire Gottes Schweigen

Trank ich aus dem brunnen des Hains...

Lui avait, avant nous, fait l'expérience du déclin

et du cri déchirant du soldat qui agonise dans le soir,

quand s'épaissit au cœur du bois l'obscurité compatissante.

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Mais à cela pour nous s'ajoute à présent

la rencontre sous l'aile du vent de l'orpheline poésie

qui vers nous tourne des prunelles d'un vert strié d'or

et sur nos lits d'enfants déjà vidait son tablier

plein de lunes de nacre et de murmurantes

coques niellées d'une spirale d'argent

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À mon oreille puissante voix d'hommes ou chœurs

de femmes selon le plus ou moins rapide écoulement

de la solitude Ou de l'amour qui s'éloigne

à mesure qu'au fond de nous la vie s'affaiblit

et que se dissipe le parfum de fête des iris bleus.









Souvenir de J. M.

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Hélas, je n'aurai pas eu à chanter les peintres et les artisans, et si je suis émigré, c'est à peine, - non pas comme certain enfant-poète de Jacmel !

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Combien la grandeur et l'humanisme sont difficiles à atteindre lorsqu'on n'est pas issu de la misère et du dénuement fangeux d'un pays ruiné.

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Pour moi, seule l'aile noire de ma propre mort, qui plane depuis toujours. Enfant lucide, adolescent menacé, adulte hyperconscient...

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D'une main hypertrophiée, telle la pince d'un de ces boccaces de l'estran des côtes andalouses, j'ai tracé sur le sable indéfiniment des signes inutiles.

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Tout mon horizon est aussi crénelé que la mâchoire inférieure d'un vieux spectre dont je serais la langue, je vis cerné par un monde en ruines.

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Du fond des cieux violacé tournoie dans l'azur le pressentiment d'un ouragan tel que nul n'aura plus à chanter les peintres, ni les artisans, ni personne.







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Éveil

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C'est un brin de paix que Septime à tire-d'aile allait la nuit cueillir au ciel de ses songes. En-bas les cloches du dimanche sonnaient dans la vallée. Un ange bronzé faisait renifler bruyamment la machine à café dans la cuisine. Par le balcon, la mer proche ressassait que le soleil était levé depuis longtemps. Qu'il serait temps de cesser l'indolence d'un corps inerte.

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Les yeux fermés, refusant l'azur ébloui, étaient un écran : le mont Huang Chan s'y inscrivait, enneigé parmi ses pins et ses pics, branches aux touffes d'aiguilles étoilant la neige ainsi qu'oursins dans une nappe de sable. La terrasse Lixue acceptait les zébrures d'ombres longues dont certaines barraient le trajet, presque indiscernable, d'un torrent gelé...

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Lumière au-dessus, un nuage pointu, lesté de plomb au-dessous, survogue le vert moutonnement du cap, avancé parmi les langues de mer qui vernissent la pente insensible des plages. Tout à l'heure, lorsque Septime descendra s'y promener, il s'interrogera longuement sur ces traces rondes et légères et bizarrement espacées, qui marquent la poudre de nacre blanchie par le sel.





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Rencontre sans rencontre

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Souvent j'ai lancé les mots en l'air pour qu'ils

retombent en pluie à la façon d'étincelants jets d'eau

sur ma page qui s'étoilait de larmes

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Chaque tournant de la vie était une occasion facile

de m'intéresser au verger ouranien arboré de vapeurs

en fleur Ô ciel éternel d'un printemps azuré

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Moi – sorte d'éphémère en zigzag sur l'étang silencieux -

Je vais à travers les rues où se promène insouciante

la poésie fillette exquise en sandalettes blanches

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Sur le trottoir chantonnante elle vient à ma rencontre

avec ce sourire indéfinissable de Joconde dans mes souvenirs

mais soudain spectre diaphane me traverse - sans s'arrêter.



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Rosé des Arcs

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Dans la cave bleue nous avons bu un vin obscur. Par l'embrasure vers laquelle montaient des degrés grossiers de granite un rectangle de ciel s'agitait au bout des branches d'un châtaignier. De l'autre côté du mur cascadait l'eau du chenal en tombant sur la roue à aubes du moulin abandonné. Déjà figée quand j'étais en culottes courtes, sous la voûte d'un grand figuier.

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On avait transformé le colombier qui dominait abruptement, depuis la falaise, le village. Les martinets n'allaient ni ne venaient plus sous l'avancée du toit. En bas le clocher de fer ajouré ne sonnait plus les vêpres. Un grand trou témoignait, place de la mairie, des ravages du ruisseau grossi par les pluies à la dimension d'un fleuve. Les truites n'y remontaient plus, d'un frisson argenté, le courant descendant de pierre en pierre...

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Au crépuscule, sur le chemin d'une maison inhabitée, des visages noirs grimacent dans les buissons. Aucun passant ne les reconnaît mais eux connaissent tout le monde. Les plus bavards chuchotent derrière les bambous malingres qui encadrent la route des nouveaux quartiers, ces villas blanches qu'on peut voir là-bas, en faux style provençal.

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Il ne faut pas revenir là où les choses ont changé, même au prix de vérifier, à la coopérative, si la piquette locale a toujours le goût de pivoine long en bouche qui en faisait le charme, au temps où notre mère y travaillait.





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Premiers jours de juin

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Matin. Dans les eaux noires le soleil ouvre le couvercle

et fait briller les cordes d'un immense piano noir

pour complaire à celui qui voyait un salon de musique

au fond du lac

. Chaque instrumentiste peu à peu verdier

grillon cigale attaque sa partie dans le paysage calme

Quel plaisir ce doit être lorsqu'une bonne fée

vous change en pommier au printemps

Si merveilleux sans doute de crouler

sous la lumière des fleurs qui vibrent

d'une musique d'abeilles velues aux ventres

piquants parfois - toujours couleur de miel

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On dirait que nappé d'un azur

qui fait briller la moindre plante en vernissant d'un peu

de paradis ses feuilles

. le monde s'est mis en tête

de nous consoler d'être nés

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L'insouciance prend forme d'un vol ocre clair

de tourterelles capricieuses qui s'égaillent à travers les prés

comme si les heures s'étaient évadées du Temps

Dans les squares de jeunes mères courent après leurs bambins

qui mal assurés encore sur leurs courtes jambes

à la moindre occasion s'échappent en tous sens

« comme le lait sur le feu » disait mon père !

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Qui _mais qui

caché dans les coulisses de notre regard

mais qui essaie

par tout ce théâtre - de nous pousser à croire

que vivre serait agréable ?



 



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