Trouvailles
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C'est l'heure fraîche de mon pays, durant laquelle on dirait que la lumière, comme le loup sort du bois, quitte l'ombre des choses et d'une nette perfection investit splendidement jusqu'à la moindre pierre du décor qui nous entoure. Elle pénètre la mer à l'endroit peu profond du bord, et en compte tous les galets, qu'elle teint de turquoise. Elle creuse les vagues en larges risées qui paresseusement viennent clapoter au bas des jetées. Elle gonfle et superpose les volumes des vapeurs qui couronnent la montagne ainsi qu'un coiffeur soigne le brushing d'une dame âgée aux cheveux bleu-argent.
En moi il ne se passe rien, un vide appelle de tous mes sens la contemplation qui le comble. La solitude déployée des flots plane jusqu'à l'horizon qu'un paquebot de croisière immaculé, dépassant subitement la pointe du cap avec la majesté d'un immeuble de huit étages qui aurait largué les amarres, a décidé de rejoindre par le plus court chemin. Il avance vite, car le temps de deux phrases, le voici déjà parvenu au large. M'effleure un instant l'image de la puissante machinerie étincelante des moteurs géants, turbinant à force d'énormes pistons d'acier dégoulinants d'huile, dans les entrailles du léviathan.
Dans les cabines neutres et fonctionnelles des étages, certains dorment encore. D'autres lisent. Des femmes en face des miroirs se liment les ongles dans les étroites salles de bain aux parois ornées de porte-serviettes et des poignées nickelés. Aux cuisines, sur le pont, dans les couloirs, sur la dunette, du capitaine galonné aux cuisiniers, garçons d'étage, personnel de service, tout le monde s'affaire et il serait de bon ton à ce propos d'user de la comparaison traditionnelle avec ruche ou fourmilière. Accoudé à une rambarde, tout en haut du navire, dans le large espace entre les fûts colossaux des cheminées siglées de lettres peintes cinq fois hautes comme un être humain, un homme observe avec des jumelles le vol d'un pétrel.
Le clignement gloussant d'une vaguelette ramène mon attention à mes pieds, entre lesquels parmi les cailloux arrondis la mer a cette nuit déposé un flotteur de liège encore noué à un fragment déchiré de filet. Juste à côté, miracle bénin, une coque de casque vernie par l'eau dont les stries font songer au bois d'un bureau sur lequel j'écrivais autrefois. Et je sais qu'en portant le coquillage à mon oreille, du même geste que l'enfant que je fus, j'y entendrai toute la mer de même que dans la petite chambre, assis à mon bureau de robinier veiné d'orangé, j'entendais ressasser la poésie entière.
Impossible décalque...
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Ô les contrées lumineuses de l'enfance ! Ces jours dont nul sens inquiet n'avait encore terni l'histoire... Des arcades rouges de la villa cossue au sommet de la colline, la pente déroulait ses hautes herbes ensoleillées jusqu'à la maison de l'ami enfouie sous une luxuriante vigne vierge. En contrebas la voie ferrée périodiquement fumait des volutes blanches des locos à vapeur.
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Depuis, dans la vieille maison, ce sont les lamentations infinies de vieillards qui commentent leurs multiples douleurs. Les fantômes s'agitent devant les fenêtres à vitraux losangés dont les heures de la journées altèrent ou intensifient les couleurs. Au jardin, les groseilliers penchent leurs baie roses que gonfle un midi acidulé, pour le plus grand plaisir des grives et des corneilles aux becs avides.
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Qui aurait imaginé qu'après tant d'années de vent, tout aurait changé ces deux pôles exceptés ? Alentour, fini la clairière dans la hêtraie, dont le pré était un seul tapis de trèfles à quatre feuilles.
Des immeubles cubiques n'ont gardé que le quatre de la vérité, tout le reste a disparu. Ce ne sont plus que logements avec parcs artificiels aux plantes importées, cerisiers du Japon, épicéas d'Inde au bois excellent pour les tables d'harmonie des guitares, micocouliers...
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À quoi peut bien ressembler aujourd'hui la ravissante brunette que tu courtisais à treize ans, lorsque le moindre buisson enchanté par le soleil volubile des oiseaux couvrait de sa responsabilité végétale les murmures de vos embrassements innocents, et par la suite d'étreintes qui déjà l'étaient moins ? Elle te faisait chavirer le cœur avec ses yeux de velours dignes de la Belle de Cadix, mais à présent l'aigle de cristal a dû, de ses serres impitoyable, lui lacérer tellement le visage que plus rien en elle, si elle vit encore, ne doit être superposable à tes souvenirs.
Errant au long du triste rivage
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Du bord de ce rivage autrefois heureux, j'observe pensivement la vague hésitante qui tantôt donne et tantôt reprend. Elle apporte sur sa crête dansante un objet flottant, un bouchon, une poupée en caoutchouc estropiée, un flacon d'huile solaire. Puis d'une griffe blanche de chat jouant avec une souris, le pousse d'un côté, d'un autre, jusqu'à finalement le reprendre.
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Parmi les galets, je surprends une variété de char d'assaut miniaturisée qui court en cahotant d'ombre en lumière, un longicorne rouge, antennes noires de part et d'autre des perles de strass des yeux. Du pied, je lui barre le chemin. Il s'arrête, interrogatif et inspecte la situation. Change finalement de direction en se carapatant sur six aiguilles filiformes.
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Investi d'une puissance olympienne, cœur magnanime s'il en est, je le laisse filer vers son infime destin. Je n'ai pas la mentalité de la houle qui reprend volontiers ce qu'elle a donné. Du destin pour ma part j'ai tant reçu, et l'on m'a tant repris, que je n'ai aucune envie d'assumer la responsabilité du fatum de quiconque, pas même d'un insecte...
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En gravissant le talus herbeux qui domine, en retrait, le littoral, j'écrase de longues herbes dont il se dégage une intense odeur de fenouil et de ciboulette. Elle se dissipe dans les hauteurs du vent et mon regard l'accompagne sur les ailes des mouettes et des goélands flemmards, qui ne battent que de loin en loin, déployées comme pour mesurer, là-haut, l'empan de la mémoire des nuages.
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Il fait azuré malgré quelques moutonnements roses. Déjà décline la lumière de l'après-midi. Dans les rayons rasants les écailles de la mer scintillent, s'émiettent en escarboucles, se reconstituent, des bois flottés se soulèvent de temps en temps et replongent comme des bras de noyés. Ils seront finalement abandonnés sur le sable par la nuit, avec les débris de mes rêves.
Mouette moqueuse
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Avec une encre d'un blanc de lait, tu écris sur la paroi noire, comme lorsque avec Wordperfect des poèmes se révélaient sur l'écran de ton ordinateur de jadis. L'effet est celui, sur fond de papier bristol sombre, de ces manuscriptions des albums tirés des vieilles malles du grenier, légendant les photos sépia où posaient nos arrière-grands-parents.
Ce que tu écris, contrairement à l'habitude, est un poème fort beau, que tu ressens comme magique, et dont les mots s'assemblent presque d'eux-mêmes, avec une sorte de légère et divine perfection. La nuit semble par bouffées envahie tour à tour d'une odeur d'encens, de giroflées, et de fleur d'oranger.
Tu te hâtes de tout consigner sur les tablettes de ta mémoire, malgré ton âme ensommeillée, car t'oppresse un sentiment d'urgence à ne pas laisser échapper le miracle. Ce que tu as toujours voulu formuler en mots vient enfin aisément, naturellement, «coule de source» comme on dit, - même si la source est impossible à identifier !...
Ce sont feuilles de cristal turquoise, myriades de minuscules soleils spiralés mêlés de croissants de lune, éperons de rocs empanachés de pins rouges, qui dominent la mer d'un indigo digne des estampes d'Hiroshigué. Des îles aux pentes flanquées de maisons en escalier de toutes les couleurs émergent, joyaux sur l'écrin soyeux de l'océan sans limites. Des millions de petits vagues résument les douleurs de chaque être humain, en pèlerinage à travers le temps, petites voix ou grandes plaintes, cris de jouissance ou de souffrance, mêlés dans une écume blanche de mots entre-tressés.
Les peines les plus belles grimpent vers le ciel ainsi qu'une fumée de liserons bleus ; leurs feuilles sont nervurées de prières, ainsi que la surface des rouleaux argent ou cuivre des temples bouddhistes. Des anges venus de nulle part en volant, les caressent du bout de l'aile. Ils vont et viennent en transportant avec révérence, sur leurs avant-bras, de riches étoffes pliées, draps lamés or ou brocards pareils aux tenues des dignitaires byzantins, et de la vaisselle sacrée...
Chaque vers du poème s'anime de la fervente présence d'êtres aimés, des sentiments les plus purs et les plus humains qui puissent occuper notre for intérieur. Chaque phrase scintille d'un halo de gloire tombé de l'éclairage tremblant d'un haut cierge. Une profondeur sonore les sous-tend, pareille au grondement inaperçu que le pédalier de l'orgue fait rouler sous la toccata vertigineuse qu'arpègent les échanges de nos mains sur les claviers, croisant les registres médians et aigus, et qui comme une fondation secrète en soutient l'édifice sonore.
Lorsqu'une voix charmante et familière m'appelle en réclamant son petit déjeuner, le texte merveilleux s'efface, dans le désarroi de sa perfection inachevée. Le volet roulant s'ouvre sur la baie au bord de laquelle ressasse l'entière Méditerranée, d'un gris d'étain, sourcilleuse, tandis qu'à hauteur du balcon passe devant mes yeux une mouette criarde qui se moque de la naïveté avec laquelle je pensais pour une fois échapper à l'échec.
Week-end pascal
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Quelle fatalité, ce poème qui ressuscite sans ordre, ainsi qu'au-delà de la balustrade du balcon, l'écume qui s'obstine contre la jetée...
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Par la baie vitrée, pris d'une langueur vague, tu contemples la patience innombrable des remuements de la Méditerranée.
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Elle crache par moments et se hérisse comme une chatte en colère. Son pelage prend des reflets acier. Toute une olympe au-dessus s'édifie en volutes de vapeurs et colonnes évolutives.
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Quelle fatalité l'éclair qui frappe sans ordre, les étoiles nées des réverbérations en plein soleil, ce siècle de vent que ranime la houle sanctifiée !
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D'un bord du ciel à l'autre les oiseaux se croisent noirs devant les nuages et blancs devant la mer. Beaucoup de petites colombes récitent longuement les consignes de Mai.
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Cette ligne immense que parfois trouble un navire leur sert d'exemple et de repère, pour tirer de l'aile au plus court chemin d'une rive à l'autre du golfe jalonné de villas et de pins parasols.
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Souvent la nostalgie ramène de l'horizon les silhouettes filigranées de mes parents défunts, que mon esprit vivement lorsqu'elles arrivent à portée change en gréements sloop de voiliers de hasard.
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Avec une pureté de cascade, la lumière silencieuse d'avril asperge le visage de mon amour, ruisselle dans sa chevelure et transmutée en or se répand sur le paysage comme promesse d'éternité.
Aérodrome de Nice
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Clarté de nuit clarté de lune aux violents impossible à comprendre - douce luisance d'argent poli par la longue manche du vent
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Ce qui fait ici cauchemar et reproche manque de sel C'est au large la barcasse à demi pleine d'eau où miroitent des reliques sanieuse de ciel
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Comment croire aux poètes haineux qui de satires sans génie griffent le papier d'une plume qu'il voudraient empoisonnée au curare
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telles ces fléchettes de sarbacanes propre à paralyser leur cible - mais ne connaissent que la recette d'une mauvaise mayonnaise dénuée du moindre effet
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Tous feux allumés dans la nuit voici que se pose l'avion de la Flora Mirabilis de Σπυρίδων Σαμάρας Une odeur de printemps répand musc mimosas et fleurs d'amandier
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Mais hélas désormais Ulysse ne viendra plus l'accueillir, la belle avec sa longue traîne de pâquerettes et ses cloches battant à plein bronze la joie de la Résurrection
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Tout se passe à présent dans la bulle éternelle d'une sorte d'opéra oublié Plus personne ne retrouve le sens des fleurs des voiliers sur la mer des serments amoureux
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Qui en ces temps de désastre s'intéresse encore à l'incohérente vérité dont les reliefs pour les gens d'autrefois étaient par le langage à rendre inoubliables ?
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Pour toujours les bipèdes que nous sommes se sont séparés des choses maternelles et même notre langage conteste le sens antique du mot Nature.
Sylve poétique
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Une forêt vierge ! Et dans la canopée qui filtre la lumière
de feuille en feuille en cris rythmés et sifflements convenus
se répondent des primates chacun assis ou suspendu
à quelque épaisse ramification de la pensée
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Secrète Amazonie dans la pénombre de laquelle
entre les ruines de temples grimaçants et les stèles,
des anges colorés en coassant donnent de l'aile
ainsi que des poissons parmi les ruines glauques et colonnes
d'une cité par un «désastre obscur»
jadis engloutie avec ses jolies danseuses en robes à clochettes
et ses jeunes gens qui pirouettent au-dessus des taureaux
dardant les lyres de leurs cornes magnifiques
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Voici que dans ma mémoire encore je les revois
un pied en avant ouvrant l'éventail de leurs longues jupes,
seins nus sur lesquels ondulent de serpentins cheveux noirs
et leurs grands yeux à l'amande cernée de noir
fixés sur l'avenir en forme de table du sacrifice
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Alors surgit la transparente espérance du poème
son odeur de pomme rainette dans le clair-obscur du grenier
ses amours adolescentes ses sentiments gais ou vénéneux,
ses bouquets ses insultes : bref les élans désordonnés
de l'ineffable don que l'occulte logos fait à la vie splendide.
Jeudi 17 avril 2014
Sans témoins
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Peu de récifs contrebattus des flots sont aussi seuls
Ou alors c'est l'olivier poussé on ne sait sur quelle
plaque de terre exiguë à flanc de falaise
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Insolite devoir – le tien – que d'être en vie
et de prétendre à quelques instants de bonheur
chaque année : tant pour le printemps
tant pour l'été, tant pour l'automne
et le reste – s'il en reste – pour l'hiver
au plafond chargé d'étoiles froides qui tremblent
dans les courants de la nuit, mosaïque vernissée
au flanc d'une coupole couleur de mer ou glaçons
sur l'éternel fleuve en débâcle
que regardent glisser les saints aux auréoles barbues
et dorées comme les blés
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Juste la vie pour la vie Juste un regard sur l'immensité
sur laquelle vogue un résidu de paradis
Juste l'angle de blancheur verticale qui coupe l'horizon
et l'ondoiement paisible du poème
jusqu'à toucher la limite poudreuse de la rive.
Hélice du temps
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Plus loin, que restera-t-il de ton droit
à la parole à teneur de vent
puisque rien de ce réel décharné ne consent
sinon à de rares étincelles de silex et marcassite
entre ses os entrechoqués !
À distance de terre étrangère et d'au-delà des mers
tes aimés, compagnons fugaces
Tel le goéland gris et blanc tu erres
entre les pages du bleu
À ton poignet serre une chaîne d'argent
pour te retenir là où l'écume plisse la vague
et brode ses contes nocturnes...
C'est l'instant où se croisent le salut et l'adieu
l'assurance et l'angoisse.
Tu rêves de la placidité du pêcheur assis sur sa pierre
tandis qu'une hélice à lames d'or fauche dans un tourbillon
et engloutit au couchant le spectre de ton alter ego.
Honte à celui qui s'éteint
Tremblante l'ombre du bateau blanc sur la soie des eaux
Une page à écrire par un borgne
au pied des montagnes grises que dessine le sommeil
c'est ce qu'impose notre comprimant devoir
Lui soleil paisible enfoui aux herbages de la rosée
et qui requiert d' être cherché comme une bague perdue
s'oxyde et ternit de notre abandon
se ravive des feux de notre compagnonnage
vague après vague parallèle à l'onde hésitante
résurgence rose de nuées parmi les ruines
des humbles fontaines sacrées empanachées de fleurs
les casques de bronze bosselés
et les rostres votifs de périples depuis longtemps bouclés.
Bleu ciel
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Visite aux pins sous les quolibets du mistral
Peut-être suivi par l'écureuil pointu
à peine dépassant du tronc
L'honneur du ciel bleuit entre les touffes d'aiguilles
aux becs des chanteurs duveteux
dont le cœur accélère et se dilate au seul
pressentiment d'une prochaine aurore
Fête à l'azur qui fait pièce à la hantise
et au mépris des trafiquants de mots !
Comment rater un poème
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Je marche à la limite de la vague élastique et mouilleuse
en rêvant. Au-milieu du tapis de galets, trouver un coquillage
serait un cadeau du hasard qui m'éclairerait la journée.
Vain espoir : nulle géométrie, excepté par-ci par-là un carré,
un rectangle, un triangle de brique rouge encore humide.
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Naturelle l'âme auprès de l'eau apprend la danse hésitante
des ondes qui ne peuvent décider si sur terre elles entendent
rester, ou veulent s'en retourner vers l'infini du grand large...
En toi quelque intuition à leur exemple tourne autour des mots
qui, fascinants, entre sens et chanson se livrent à une régate.
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Car les mots sont comme l'amour : il viennent puis s'en vont
puis reviennent, toujours neufs, toujours volages, incertains,
réclament d'embarquer à bord d'un vers qui a déjà son compte,
ou, en pleine odyssée, de quitter l'esquif, même s'il doit sombrer.
Quant au poète, fidèle, un tantinet idiot, il tente de garder le cap.
La baie à Roquebrune
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Rien n'y ferait sans doute, ni le soleil dans l'eau de mer
infusant ses feuilles de lumière pour que brille le sel,
ni la résistance amoncelée des rocs, jouets énormes
de la dernière tempête, ni le phare triste qui scrute
obstinément la ligne circulaire qu'autour de lui trace le ciel...
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Paresseuses des mouettes planent scrutant la glaire des vagues ;
Leur plaisir est de se déplacer, peu leur importe vers où
pourvu que ce soit dans le sens inverse de celui qu'esquissent
les drapeaux. Non, rien n'y ferait, à la douce douleur sans
remède qui sur toute la baie pose sa brume laiteuse
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tandis qu'au long du littoral des pères décoiffés par la brise
promènent leurs enfants, le plus jeune sur leur épaule
tel l'agneau blanc du bon pasteur des images bibliques,
et chacun se penche pour admirer un galet ou un autre, qui
n'ont rien de rare mais cela fait justement toute leur beauté.
