Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

 

 

 

 

 

Fugacité du soir

.

Venue de la turquoise parcourue de légères ondulations, une mouette apporte entre ses ailes son corps blanc, fuselé comme une navette à tisser qui se glisserait entre les nappes de chaîne ouvertes des airs.

.

Une arapède vissée à son rocher somnole au bercement de la houle. Les posidonies, chevelures violettes, penchent dans un courant, puis dans un autre en sens inverse, inlassablement.

.

Les traces que je laisse dans le sable dépassent de beaucoup ma pointure. Elles contournent les rocher mais parfois se laissent surprendre par la mourante vaguelette qui joue, avec la complicté du vent, à les effacer.

.

À trois encablures, sur l'étendue argentée, passe un voilier noir et blanc. À bord, une inaccessible princesse emporte son ravissant sourire vers d'autres cieux. Sa main qui fait signe se fond dans le rose horizon du soir.

.

Sur mon épaule gauche, je sens revenir se poser fataliste, invisible et léger mais dont les pattes serrent nettement, l'oiseau disert des occasions manquées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Portrait d'un poète d'autrefois

.

Il était de ceux qui entendaient toujours comme une tragédie, depuis l'époque où son père l'avait chantée pour la première fois, l'univers d'une chanson telle que « V'la l'bon vent, v'la l'joli vent, v'la l'bon vent m'amie m'appelle... », avec l'histoire du méchant fils du roi qui a tué le canard blanc. Facilement on lui eût tiré des larmes en lui fredonnant « à la claire fontaine... », autant de petits airs naïfs mais insupportables de violences plus ou moins dissimulées sous des mélodies guillerettes.

Ainsi la poésie lui avait toujours semblé cacher le mystère d'un abîme effrayant sous ses élégances, ses vers avenants, ses sourires et ses charmes. Devenus poèmes, les mots s'augmentaient d'une force occulte, effrayante et attirante, d'une sorte de ciel feint qui pesait de toute sa lumière extraterrestre sur les désignations, autrement banales, des mots quotidiens. Une sorte de coup de poignard délicieux ouvrait une dimension nouvelle dans la langue...

Par l'estafilade se glissait, se tortillait, s'insinuait l'imagination avec l'acharnement forcené du lézard qui rentre dans telle fissure inaperçue d'une muraille qui semblait interdite à toute pénétration. L'étendue lisse qui enrobait toutes choses du réel reçu, qui faisait un monde sensé et connivent au point que l'idée de le remettre en question n'effleurait même pas l'esprit, telle la latérite du désert sous trop de soleil se fendillait, sous le tégument de la réalité une autre chose, effrayante, luisait vaguement.

De même, dans les marges de son regard, parfois il voyait passer vivement des choses ou des êtres vivants, proprement inconcevables, ainsi que ces formes qu'on aperçoit nettement dans les songes, la nuit, mais qu'on serait bien en peine, malgré leur aspect familier, de définir. De sorte qu'il fusionnait les sens et les visions de son corps avec ce que lui donnait à voir sa langue maternelle, et ne parvenait plus à distinguer les sensations qu'imprimaient en lui les mots, et celles que suscitaient en lui les choses.

Il ondoyait ainsi alternativement du senti au parlé, du déroutant au familier, et volontiers chacun pensait « qu'il parlait pour ne rien dire », ce qui enchantait la plupart des gens de son entourage, qui supportaient mal de l'entendre énoncer tant de choses chargées de mirages et de secrets, se demandaient « où il allait chercher ça », et souvent par une forme de charité le considéraient comme « légèrement fada ».

 

 

 

 

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article