Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

 

 

 

 

Poésie

.

Faire semblant de réparer l’irréparable

de rendre à ce qui est détruit un peu de dignité et de rêve

comme un printemps tend son ciel bleu sur des ruines

.

C’est la tâche que je t’ai confiée ô poésie

poésie mienne et poésie de tous à la façon du vent

Une simple poignée de mots balsamiques pour rincer

nos blessures dans ta source fraîche et camphrée

 

 

 

 

Apprentissage

.

Lève le doigt comme enfant en classe

mais aujourd'hui mouillé pour prendre le vent

S'il est fort c'est qu'il vient du nord

.

Qu'il soit sur l'espace mouvant la douleur qui t'oriente

Là-bas est l'horizon dont le bleu s'avance et se retire

ou parfois crache blanc à tes pieds tel un chaton en colère

Ici le Ferme que rien n'ébranle et qui t'attend

 

 

 

 

 

Trop vieux

.

La pulsion du sang comme au jardin

la limpidité fluide qui désaltère les plantes

Elle penchent vers l'eau mille langues sèches

.

Il fait beau Sur la tonnelle de vigne vierge

le soir descend rougir de paroles assez crues

que gazouillent les rossignols amoureux

Malheureusement je ne les comprends plus

 

 

 

 

 

 

 

L'étrangère

.

Si faible et lancinante musique

qui sembles venue sur la transparence du vent

d'un autre continent où tout serait cristal

.

tu m'évoques une sorte d'éternel remolino

dans la spirale duquel défilent les visages de tous ceux

qui fantômes aimés se bousculent en mon cœur noir

Je n'en dirai pas plus Je suis désespéré

 

 

 

 

 

 

 

 

Piéride

.

Léger virevoltant de fleur en fleur sur les lauriers

un premier papillon égaré dans l'avenir

cherche son âme

.

Malheureux intrus qu'un souffle

couche comme un voilier parmi le vert

des vagues mais qui se relève toujours

et hante le clair de lune

 

 

 

 

 

 

 

Jettatura

.

Tant de journées à guetter ta main

comme si devait dans ta paume à l'improviste

une étoile apparaître

.

Mais seule s'ouvre nue

au-dessus de la tête aimée

la malchance à cinq doigts qui joue

de son invisible harpe maudite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avenue Jean Bart

.

On s'isole dans cette foule qui ne comprend rien à nos secrets

Pierre glauque qui s'enkyste au fond du monde du silence

.

Parfums mélancoliques d'une île perdue au milieu des embruns

À chacun ses joies ses tsunamis explosant aux jetées du cœur

.

Ses regrets tirant de longues ombres mélancoliques à travers

les lueurs dorées du passé dont les soleils basculent dans la nuit

.

Froide comme un brin de menthe nos mains froissent une vague

mourante pour qu'il s'en dégage l'odeur et le goût de l'enfance

.

Qui peut-on encore embrasser derrière l'oreille en respirant

cette intime senteur de fougères pareille à une balade en forêt

.

Quel bras nous serreraient en nous soulevant de terre comme

à l'époque où nos parents étaient des géants bienveillants

.

Blancs voiliers et blanches barques laminent sous eux les étoiles

de la rade comme on se roule dans un champ de marguerites

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«De quoi je me mêle... »

 

.

Jusqu'au bord les vagues fraîches poussent les reflets des nuées

dont elles déchargent la mousse chantilly sur la pente de galets

.

Plus loin dans le sable lavé je trouve une jolie cuillère en argent

Il en faudra détacher les concrétions ici ou là soudées au manche

.

Par exemple ce minuscule coquillage vide aux grains agglutinés

et qui avait dans le cuilleron élu domicile mais ne contient plus

.

qu'une mer lilliputienne en sa spire infinie d'ondes lointaines

comme on devine en la lentille du télescope une laiteuse galaxie

.

Ainsi mon esprit entre l'infiniment grand et l'infiniment petit

hésite sans vraiment savoir quelle place il occupe dans la Chute

.

Le temps siffle à mes oreilles tant sa vitesse accélère On dirait

que vivre c'est tomber d'une falaise sans parachute un jour de mistral

.

Derrière-moi s'éteint dans les hauteurs le cri traînant de mes poèmes

qu'au fil des jours j'ai jetés comme des grains de sel par-dessus mon épaule

 

 

 

 

 

 

Au Beach-Café

.

Le vent sur les pierres la rumeur insistante des eaux

qui arrondit les angles du gris du blanc du vert du rose

.

La brillante santé des nuages est insolente dans l'azur

au point que les vagues l'empruntent et luisent longuement

.

Aux pins poussent de petite bougies d'un vert-clair d'avril

Cela ressemble à de tardifs remords après un Noël méprisé

.

Tournoient des vols roses de colombes pâles volte-faces

brusques toutes se posent toutes se renvolent et se reposent

.

Les heures du jour exaspérées par la lumière sans pardon

montrent leur malaise en faisant craquer les tôles des toits

.

Sur la terrasse du bistrot fument les cigarettes des cendriers

transparents sur les tables auprès des bières embuées

.

J'écoute des inconnus Au vol me parviennent des bribes

de leurs vies dont en rêvant je me fais tout un roman

 

 

 

 

Carry-le-Rouet 28/04/2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D'un monde l'autre

 

.

Demain : ce soir la nuit

puis l'aube sans nous

sur l'Acropole – et les amis restés

.

Tandis que l'avion s'élève

et met le cap sur le réel.

 

 

 

 

 

 

 

Antoine à Carry

.

Ciel de ciel et ciel des eaux

Ciel des poissons ciel des oiseaux

.

Là-bas cette géométrie blanche et bleue

c'est Marseille et la Sainte-Victoire

.

Le tronc d'un haut pin malicieux

coupe en deux le paysage ombre et soleil

.

Un petit garçon qui tient à peine debout

pousse un chariot de bois en souriant aux anges

.

Il a toute ma tendresse Il me regarde avec confiance

Il sait sans le savoir d'où vient notre complicité

.

Il me désigne du doigt et prononce un mot

inintelligible mais qui n'a pas besoin d'être traduit

.

Il sait que j'admire dans ses yeux avec quelle ardeur

on voit commencer un amour de la vie que j'ai perdu

 

 

 

 

 

 

 

 

Au jardin profond

.

Précieuse est la douceur du vent

lorsqu'elle noue parle de nous-mêmes

.

Tiédeur de chair Caresse d'été lumière

qui efface les puanteurs d'eaux usées

.

Longeant la rive avec une lenteur rythmée

on écoute le crissement régulier des galets

.

C'est la mer qu'on voit cultiver son jardin

et ratisser l'allée au fond de l'abîme limpide

.

Un grand poisson grognon à tête lippue suit

d'un regard nonchalant chacun de ses gestes

.

En un tombant reculé des falaises je sais

un arbre de corail fréquenté des étoiles

.

Parfois entre ses rameaux passe queue scintillante

une sirène que j'apprivoise pour apprendre ses chansons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À l'Origine

.

S'étale en éventail la source sur la pierre

paon à roue diaprée Iris à double corolle d'arc-en-ciel

.

Regarde ici c'est moi au miroir fluctuant de la transparence

Mon jumeau frissonnant et spectral m'attend au fond

.

Tandis que je respire un soleil frais acide comme un citron

et profus comme un mimosa voici l'invasion parfumée de la vie

.

Passe un oiseau déployé aux rémiges translucides qui tranche

entre les deux altitudes du monde l'orbleu et l'indigo

.

Par l'incision se déverse la musique angélique des heures celle

du rebec des chérubins au propitiatoire d'or des tableaux vénitiens

.

Regarde ici c'est moi qui t'aime au miroir fluctuant de la distance

Tantôt ta main dans la mienne tantôt les messages du vent

.

Proche Lointain Là où s'effeuillent les lances vertes de la source

l'espace n'a plus de sens les mots sont muets face au cœur battant

 

 

 

 

 

 

Double présence

.

Que serait donc aimer sans ton aurore

sans le bleu-vert qui d'un regard creuse la profonde

dualité du plancher des nuages transhumants aux cornes en feu

et du plancher des vaches sédentaires aux cornes en lyres

Beaux nuages mes frères informes Belles vaches

aux yeux andalous qui étiez la nuit du Commencement

.

Je suis seul mais je suis aimé

. Duvet immaculé

tu me couves de ta douce et ferme lumière

Tu recueilles en elle tout ce qui m'échappe tout ce qui me fuit

Montagnes ondulations bleues fraîches au fond des plaines

sur lesquelles navigue un genre de goussarole d'orage

ventru et gréé d'éclairs en pattes d'araignées

Tandis qu'au-delà c'est l'infini lui-même qui comme un chat

dont on a piétiné la queue prend la poudre d'escampette

.

Ne reste alors auprès de moi que ton amour dans le silence

Tes mains calmes sur mon front aux fièvres mauvaises

qui ruisselle ainsi que cascatelle au rocher usé par le soleil

Ne reste que la fidélité sans mesure de la mer

qui danse dans ton corps comme en la spire d'une conque !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le pas lent et songeur…  



.

Le pas lent et songeur entre les facettes du matin

d’où lui reviennent les échos piétinants d’une armée

le condamné s’essaie au nouveau labyrinthe

suivant sur le sol blanc une piste indéchiffrable

.

Par les grilles des domaines qui alternent le chemin

aboient de grands chiens noirs en mordant les barreaux

Loin devant pâlit et s’efface une forme bien-aimée

dont le parfum ambré plane sur les touffes de fleurs-fées.

.

C’est l’heure où fait signe l’index du spectre solitaire

dont les bras luisent de longs os à reflets vieil ivoire

Comme il est difficile alors de prendre la vie au sérieux

alors que les enfants s’en vont en troupe vers l’école !

.

 

 

 

 

Fugacité du soir

.

Venue de la turquoise parcourue de légères ondulations, une mouette apporte entre ses ailes son corps blanc, fuselé comme une navette à tisser qui se glisserait entre les nappes de chaîne ouvertes des airs.

.

Une arapède vissée à son rocher somnole au bercement de la houle. Les posidonies, chevelures violettes, penchent dans un courant, puis dans un autre en sens inverse, inlassablement.

.

Les traces que je laisse dans le sable dépassent de beaucoup ma pointure. Elles contournent les rocher mais parfois se laissent surprendre par la mourante vaguelette qui joue, avec la complicité du vent, à les effacer.

.

À trois encablures, sur l'étendue argentée, passe un voilier noir et blanc. À bord, une inaccessible princesse emporte son ravissant sourire vers d'autres cieux. Sa main qui fait signe se fond dans le rose horizon du soir.

.

Sur mon épaule gauche, je sens revenir se poser fataliste, invisible et léger mais dont les pattes serrent nettement, l'oiseau disert des occasions manquées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article