Poésie
.
Faire semblant de réparer l’irréparable
de rendre à ce qui est détruit un peu de dignité et de rêve
comme un printemps tend son ciel bleu sur des ruines
.
C’est la tâche que je t’ai confiée ô poésie
poésie mienne et poésie de tous à la façon du vent
Une simple poignée de mots balsamiques pour rincer
nos blessures dans ta source fraîche et camphrée
Apprentissage
.
Lève le doigt comme enfant en classe
mais aujourd'hui mouillé pour prendre le vent
S'il est fort c'est qu'il vient du nord
.
Qu'il soit sur l'espace mouvant la douleur qui t'oriente
Là-bas est l'horizon dont le bleu s'avance et se retire
ou parfois crache blanc à tes pieds tel un chaton en colère
Ici le Ferme que rien n'ébranle et qui t'attend
Trop vieux
.
La pulsion du sang comme au jardin
la limpidité fluide qui désaltère les plantes
Elle penchent vers l'eau mille langues sèches
.
Il fait beau Sur la tonnelle de vigne vierge
le soir descend rougir de paroles assez crues
que gazouillent les rossignols amoureux
Malheureusement je ne les comprends plus
L'étrangère
.
Si faible et lancinante musique
qui sembles venue sur la transparence du vent
d'un autre continent où tout serait cristal
.
tu m'évoques une sorte d'éternel remolino
dans la spirale duquel défilent les visages de tous ceux
qui fantômes aimés se bousculent en mon cœur noir
Je n'en dirai pas plus Je suis désespéré
Piéride
.
Léger virevoltant de fleur en fleur sur les lauriers
un premier papillon égaré dans l'avenir
cherche son âme
.
Malheureux intrus qu'un souffle
couche comme un voilier parmi le vert
des vagues mais qui se relève toujours
et hante le clair de lune
Jettatura
.
Tant de journées à guetter ta main
comme si devait dans ta paume à l'improviste
une étoile apparaître
.
Mais seule s'ouvre nue
au-dessus de la tête aimée
la malchance à cinq doigts qui joue
de son invisible harpe maudite.
Avenue Jean Bart
.
On s'isole dans cette foule qui ne comprend rien à nos secrets
Pierre glauque qui s'enkyste au fond du monde du silence
.
Parfums mélancoliques d'une île perdue au milieu des embruns
À chacun ses joies ses tsunamis explosant aux jetées du cœur
.
Ses regrets tirant de longues ombres mélancoliques à travers
les lueurs dorées du passé dont les soleils basculent dans la nuit
.
Froide comme un brin de menthe nos mains froissent une vague
mourante pour qu'il s'en dégage l'odeur et le goût de l'enfance
.
Qui peut-on encore embrasser derrière l'oreille en respirant
cette intime senteur de fougères pareille à une balade en forêt
.
Quel bras nous serreraient en nous soulevant de terre comme
à l'époque où nos parents étaient des géants bienveillants
.
Blancs voiliers et blanches barques laminent sous eux les étoiles
de la rade comme on se roule dans un champ de marguerites
«De quoi je me mêle... »
.
Jusqu'au bord les vagues fraîches poussent les reflets des nuées
dont elles déchargent la mousse chantilly sur la pente de galets
.
Plus loin dans le sable lavé je trouve une jolie cuillère en argent
Il en faudra détacher les concrétions ici ou là soudées au manche
.
Par exemple ce minuscule coquillage vide aux grains agglutinés
et qui avait dans le cuilleron élu domicile mais ne contient plus
.
qu'une mer lilliputienne en sa spire infinie d'ondes lointaines
comme on devine en la lentille du télescope une laiteuse galaxie
.
Ainsi mon esprit entre l'infiniment grand et l'infiniment petit
hésite sans vraiment savoir quelle place il occupe dans la Chute
.
Le temps siffle à mes oreilles tant sa vitesse accélère On dirait
que vivre c'est tomber d'une falaise sans parachute un jour de mistral
.
Derrière-moi s'éteint dans les hauteurs le cri traînant de mes poèmes
qu'au fil des jours j'ai jetés comme des grains de sel par-dessus mon épaule
Au Beach-Café
.
Le vent sur les pierres la rumeur insistante des eaux
qui arrondit les angles du gris du blanc du vert du rose
.
La brillante santé des nuages est insolente dans l'azur
au point que les vagues l'empruntent et luisent longuement
.
Aux pins poussent de petite bougies d'un vert-clair d'avril
Cela ressemble à de tardifs remords après un Noël méprisé
.
Tournoient des vols roses de colombes pâles volte-faces
brusques toutes se posent toutes se renvolent et se reposent
.
Les heures du jour exaspérées par la lumière sans pardon
montrent leur malaise en faisant craquer les tôles des toits
.
Sur la terrasse du bistrot fument les cigarettes des cendriers
transparents sur les tables auprès des bières embuées
.
J'écoute des inconnus Au vol me parviennent des bribes
de leurs vies dont en rêvant je me fais tout un roman
Carry-le-Rouet 28/04/2014
D'un monde l'autre
.
Demain : ce soir la nuit
puis l'aube sans nous
sur l'Acropole – et les amis restés
.
Tandis que l'avion s'élève
et met le cap sur le réel.
Antoine à Carry
.
Ciel de ciel et ciel des eaux
Ciel des poissons ciel des oiseaux
.
Là-bas cette géométrie blanche et bleue
c'est Marseille et la Sainte-Victoire
.
Le tronc d'un haut pin malicieux
coupe en deux le paysage ombre et soleil
.
Un petit garçon qui tient à peine debout
pousse un chariot de bois en souriant aux anges
.
Il a toute ma tendresse Il me regarde avec confiance
Il sait sans le savoir d'où vient notre complicité
.
Il me désigne du doigt et prononce un mot
inintelligible mais qui n'a pas besoin d'être traduit
.
Il sait que j'admire dans ses yeux avec quelle ardeur
on voit commencer un amour de la vie que j'ai perdu
Au jardin profond
.
Précieuse est la douceur du vent
lorsqu'elle noue parle de nous-mêmes
.
Tiédeur de chair Caresse d'été lumière
qui efface les puanteurs d'eaux usées
.
Longeant la rive avec une lenteur rythmée
on écoute le crissement régulier des galets
.
C'est la mer qu'on voit cultiver son jardin
et ratisser l'allée au fond de l'abîme limpide
.
Un grand poisson grognon à tête lippue suit
d'un regard nonchalant chacun de ses gestes
.
En un tombant reculé des falaises je sais
un arbre de corail fréquenté des étoiles
.
Parfois entre ses rameaux passe queue scintillante
une sirène que j'apprivoise pour apprendre ses chansons
À l'Origine
.
S'étale en éventail la source sur la pierre
paon à roue diaprée Iris à double corolle d'arc-en-ciel
.
Regarde ici c'est moi au miroir fluctuant de la transparence
Mon jumeau frissonnant et spectral m'attend au fond
.
Tandis que je respire un soleil frais acide comme un citron
et profus comme un mimosa voici l'invasion parfumée de la vie
.
Passe un oiseau déployé aux rémiges translucides qui tranche
entre les deux altitudes du monde l'orbleu et l'indigo
.
Par l'incision se déverse la musique angélique des heures celle
du rebec des chérubins au propitiatoire d'or des tableaux vénitiens
.
Regarde ici c'est moi qui t'aime au miroir fluctuant de la distance
Tantôt ta main dans la mienne tantôt les messages du vent
.
Proche Lointain Là où s'effeuillent les lances vertes de la source
l'espace n'a plus de sens les mots sont muets face au cœur battant
Double présence
.
Que serait donc aimer sans ton aurore
sans le bleu-vert qui d'un regard creuse la profonde
dualité du plancher des nuages transhumants aux cornes en feu
et du plancher des vaches sédentaires aux cornes en lyres
Beaux nuages mes frères informes Belles vaches
aux yeux andalous qui étiez la nuit du Commencement
.
Je suis seul mais je suis aimé
. Duvet immaculé
tu me couves de ta douce et ferme lumière
Tu recueilles en elle tout ce qui m'échappe tout ce qui me fuit
Montagnes ondulations bleues fraîches au fond des plaines
sur lesquelles navigue un genre de goussarole d'orage
ventru et gréé d'éclairs en pattes d'araignées
Tandis qu'au-delà c'est l'infini lui-même qui comme un chat
dont on a piétiné la queue prend la poudre d'escampette
.
Ne reste alors auprès de moi que ton amour dans le silence
Tes mains calmes sur mon front aux fièvres mauvaises
qui ruisselle ainsi que cascatelle au rocher usé par le soleil
Ne reste que la fidélité sans mesure de la mer
qui danse dans ton corps comme en la spire d'une conque !
Le pas lent et songeur…
.
Le pas lent et songeur entre les facettes du matin
d’où lui reviennent les échos piétinants d’une armée
le condamné s’essaie au nouveau labyrinthe
suivant sur le sol blanc une piste indéchiffrable
.
Par les grilles des domaines qui alternent le chemin
aboient de grands chiens noirs en mordant les barreaux
Loin devant pâlit et s’efface une forme bien-aimée
dont le parfum ambré plane sur les touffes de fleurs-fées.
.
C’est l’heure où fait signe l’index du spectre solitaire
dont les bras luisent de longs os à reflets vieil ivoire
Comme il est difficile alors de prendre la vie au sérieux
alors que les enfants s’en vont en troupe vers l’école !
.
Fugacité du soir
.
Venue de la turquoise parcourue de légères ondulations, une mouette apporte entre ses ailes son corps blanc, fuselé comme une navette à tisser qui se glisserait entre les nappes de chaîne ouvertes des airs.
.
Une arapède vissée à son rocher somnole au bercement de la houle. Les posidonies, chevelures violettes, penchent dans un courant, puis dans un autre en sens inverse, inlassablement.
.
Les traces que je laisse dans le sable dépassent de beaucoup ma pointure. Elles contournent les rocher mais parfois se laissent surprendre par la mourante vaguelette qui joue, avec la complicité du vent, à les effacer.
.
À trois encablures, sur l'étendue argentée, passe un voilier noir et blanc. À bord, une inaccessible princesse emporte son ravissant sourire vers d'autres cieux. Sa main qui fait signe se fond dans le rose horizon du soir.
.
Sur mon épaule gauche, je sens revenir se poser fataliste, invisible et léger mais dont les pattes serrent nettement, l'oiseau disert des occasions manquées.