31 mai 2014
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On entend célébrer les souvenirs terribles d'une guerre, musée du « Débarquement », cimetières à perte de vue - signes blancs sur pelouses dignes d'un golf -, commentaires graves et hypocrites des politiciens et des militaires. Honneurs dédiés aux rares anciens combattants, perclus de vieillesse lorsqu'ils n'ont pas disparu. « Ouistreham et Rivabella, un kilomètre huit cents de plages, les canons ennemis se sont tus, le Casino a été repris ». (Voix chevrotante du témoin de 91 ans…)
Les relations de ce genre sont si difficiles à entendre ! L'écume des commentaires commémoratifs ne déguise pas l'horreur des visions que les mots projettent dans notre imagination, tremblements, sifflements des obus, ronronnement odieux des bombardiers. « Feux d'artifice en plein jour », dit une femme qui avait sept ans à l'époque. Et de relater le mois passé sous la voûte d'une ancienne mine, refuge où ne pénétrait qu'assourdi le fracas continu des explosions, « l'ouragan de fer et de feu. »
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Un temps que je n'ai pas connu, la fin étant survenue dans l'année de ma naissance, mais dont les moments héroïques étaient ressassés par les oncles, les grand-oncles, les pères, les grands-pères, leurs amis, autour d'un pastis, ma jeunesse durant. À Sommervieu, la plus ancienne moitié du château, où avait logé l'état-major ennemi, témoignait des combats. La paroi de l'escalier en spirale de la tour était constellée par les cicatrices qu'avaient laissées les balles. L'endroit était devenu inhabitable et restait en l'état…
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Enfants curieux, aux vacances nous en explorions les recoins, dont la plupart des meubles avaient été évacués par l'état-major allié qui avait remplacé l'ennemi vaincu. Au dernier étage, une armoire à-demi démantibulée avait livré, de son unique tiroir central, un cahier écrit à l'encre violette, d'une belle calligraphie, assez haute et noble, peut-être féminine. Il n'avait été utilisé qu'au trois quarts puis abandonné. Pas de nom. On ne connaîtrait jamais son propriétaire. Il contenait des poèmes imités de Lamartine.
Regards en arrière
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Insolite, pour qui ne déchiffre aucun paysage, que cette façon de fixer les moissons quadrangulaires de l’Août avec les yeux du céréalier à l’aube, attendant debout, les bras croisés, que le premier soleil y vienne glaner son propre incendie…
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La bouteille n’est pas à la mer, mais fraîchit sous les roseaux, dans l’eau du bord. Elle contient, en lieu de messages, quelques centilitres d’une ivresse couleur pelure d’oignon. Ne jetez pas la pierre au faucheur que sa longue journée altère, à force de lumière aiguisée parmi les tiges aux frissons de crotales.
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Mais aussi, quelle joie, quelle grâce vive, lorsqu’une présence légère, en espadrille soulevant d’une démarche balancée la poussière du chemin, consent d’approcher. Fraîcheur nue des bras agiles, lèvres à peine plissées pour un baiser boudeur comme un bouton de rose, corps en forme de sablier.
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Et quels instants incomparables si par miracle elle veut bien, à l’abri des épis ondoyants, se donner tout entière, seins laiteux aux prunelles fixes, ventre élastique où l’univers a tracé son ombilic, longues jambes entre lesquelles l’infini frise au fond de la perspective, comme s’il en pouvait surgir, avec d’ineffables délices, un mystère nouveau.
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Bizarre avenir
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Très loin s'étirent les longs nuages, perspective offerte au ciel rose du soir ; les hirondelles en formation joyeuse évoluent dans l'odeur de lilas de l'air qui envahit tout de sa présence, et fait danser une mèche qu'on dira « rebelle » sur la tête d'une vieille femme, occupée derrière des grilles élégantes à jardiner devant sa maison. Et c'est comme la mémoire d'une vie antérieure, rapporté dans la cale d'un sloop qui aurait touché à des terres ultramarines. Amenons le triangle de haute blancheur, puis le foc, qui s'affale sur le pont au ras des reflets sinueux, verts, argentés et noir, de l'eau du port. Ô visiteuse, pour toi voici un collier caraïbe, avec perles de leyre, topaze, et au centre son étoile pâle en forme de fleur. Depuis longtemps les pirates que j'ai fréquentés jadis ont disparu. Tricornes, foulards, balafres, odeur de pemmican fumé, sabres d'abordage trempés dans le Tage, tout cela n'est plus que pour les vitrines de souvenirs, auxquelles parfois mon inconscient, transparent à toutes sortes d'images intemporelles, ressemble. Moi, plus sédentaire qu'un corps-mort autour duquel s'enrouleront les bouts des coques nomades, je me nourris de fuites, de soleils inouïs, de fleur de sel scintillant d'espérances désespérées sous la caresse du crépuscule. Le temps est passé, il m'a dépassé ainsi que les nuages. Désormais je vis d'une fiction de futur qu'azure l'éternité fraternelle de phrases dont le sens ne touche que les visiteurs rapides.
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Navigation aédique
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Celui qui apporte à sa flûte l'âme bleue du vent ne sait pas de quelles ondes, ou de quels tourbillons, il se fait l'instrument ! Du roseau qui ne connaissait que chuintements courbés et froissements de feuilles sèches, quelques gestes minutieux ont tiré la possibilité, osé-je dire ébouriffante, d'une voix. Même si le tube est encore vert, avec cette odeur fraîche d'aisselle de femme en amour, le timbre de contralto paraît sonner depuis le fond des siècles…
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Le premier son est sirène d'un navire en instance de quitter le port. Qu'arrivent les derniers retardataires, en hâte ainsi que des fausses notes ! Puis vienne la maîtrise de la trajectoire, l'émouvant appareillage toutes ancres remontées jusqu'à la pupille noire de l'écubier. Sur toute la longueur de la ligne de flottaison, des hublots ronds déclinent tour à tour la gamme d'éclats du soleil levant. L'ondoiement d'un infini nébuleux s'ouvre face à l'étrave musicienne !
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Mes flûtes, neuves ou plus anciennes, je les ai toutes à l'occasion plongées dans la Méditerranée, que le sel et la mélodie recelés au cœur des vagues les pénètrent, les apprivoisent à la magie des périples, au rêve des landes exotiques, des peuples aux fêtes jonchées de complaintes bariolées, dans leurs accoutrements étranges et superbes. À l'instar des poèmes et du logos, elles sont des vaisseaux qui contiennent tout ce que je sens.
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Ineffaçable est pour moi le souvenir qui alliait le grand orgue du Nautilus, à la navigation étrange et libre de Nemo ! Après tout, les tubes de roseaux, les syrinx en particulier, sont les ancêtres de ces forêts de hauts tubes argentés qu'on fait retentir depuis la dunette des églises, et qui roulent leur tonnerre au-milieu des volutes de l'encens et du plain-chant qui déploie ses inflexions de punctums, virgas, torculi, en saturant d'échos mystiques la voûte pareille à une carène ancrée dans l'éternité.
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Coeur d'artichaut
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Le jeu des feuilles au vent, sans toi - le vieux ! -, ainsi que brouillons qui feuillolent au fond de souvenirs incertains, mêlés de rêves. Après l'automne, qu'en restera-t-il ? Un squelette en résilles de dentelles ultrafines ? Un humus de couches moisissantes dont les couleurs d'or et de sang auront viré au brun fangeux ? L'une ou l'autre mordorée, précieusement conservée entre les pages d'un cahier-journal d'écolière ?
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Les pages de temps en temps ouvertes sont ailes d'hirondelle pour la charmante et joyeuse petite âme, éprise de rubans et de cœur dessinés au crayon-feutre. On l'imagine, profil perdu, la tête un peu inclinée sous les boucles qui se défont, la pommette éclairée par la blancheur du papier. Un joli soleil indiscret par dessus son épaule lit le poème des confidences écrites autour du poème préféré.
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À l'évidence, l'auteur ne connaîtra jamais quel sort attendait les humeurs écrites par lui, dans ces successions de chocs, de bouleversements, de bonheurs, de misères, que l'on appelle couramment « la vie ». Il ne saura pas combien était délicat le regard qui effleurait ses vers et s'en ravissait comme en découvrant au jardin une minuscule grenouille, d'un jade à reflets dorés comme un magot chinois, au fond d'une fleur d'arum au cône plein de rosée lustrale.
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Or nous ne songerons plus à ces joies à venir, à cette future jeunesse aux longs cils et chevelure brillante de santé, qui se dérouleront sans nous. Il est venu le temps des anciens aèdes, du cœur serré et ridé à l'instar d'une tête réduite, par l'invisible Jivaro qu'est le Temps, à presque rien tel un camus breton dépouillé de toutes ses bractées, dont ne reste que le rayonnement superflu d'un foin argenté.
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Indigeste !
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C'est la gorge étranglée que, par ce jour d'enterrement, bise noire en plein mai et lourdes tentures de nuages, tu voudrais reprendre le fil de ton discours mélancolique.
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Mais que reprendre à la réalité cassée, pour en recomposer la mosaïque d'un poème ? D'autres quittent la poésie pour disserter sur le contemporain avec profondeur et richesse de pensée. Ils ont l'insigne chance d'être capables de participer à leur monde, d'entrer dans leur fleuve et d'y nager en faisant abstraction du Salto del Angel vers lequel les entraîne l'irrésistible courant...
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Moi – le sommeil ivre sur la grève, fleurant le cannabis ou la marie ? Pour tout dire, cela même aujourd'hui n'a plus à mes yeux le charme qu'avait l'éternité au temps de l'adolescent Rimbaud. Les océans immenses m'ont suffisamment bercé. Il serait indécent de plaindre les périples incandescents de jadis.
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C'est à terre pourtant que me secoue une sorte de mal de mer. D'autour de moi ne me parviennent que des news repoussantes, dont les moindres ne sont pas les enfants torturés, les peuples massacrés, les femmes détruites ! J'ouvre la fenêtre de la télévision : massacres, horreurs, hypocrisies, mensonges, avidité, tricherie. Acteurs de cinéma idiots. Politiciens aux airs d'acteurs. Animateurs vomitifs.
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C'est la gorge étranglée que, par ce jour d'enterrement, bise noire en plein mai et lourdes tentures de nuages, tu voudrais reprendre le fil de ton discours mélancolique. Hélas, le temps n'est plus à la mélancolie mais à l'éructation !
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Errant par les allées
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Merveilleux, quels merveilleux résultats depuis les millions d'années qu'ont évolué les dinosaures, qu'ils en soient arrivés aux flûtis délicieux des oiseaux de mon jardin ! À partir de monstrueux léviathans couinant avec des do-sol de bugles énormes, le temps a fait des êtres légers, ailés, déroulant de fluides arpèges auprès desquels fifres ou violons font pâle figure.
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Au bord de l'allée, je rêve en palpant l'écorce d'un arbre, venu d'un lointain pays sibérien mourir ici après quelques années. Du pied je heurte le bord en ciment d'une plate-bande. Je pense à vous, à vos épaules lisses ainsi que galets polis par la mer, à vos yeux tristes qui ne lisent plus ce que j'écris. Changeante chevelure, moirée et longue comme vague qui pend du récif à l'instant éternel de retomber après avoir giclé à contre-ciel.
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Si distant désormais, si solitaire, si nocturne parfois, le langage qui me traverse avant d'avoir touché personne d'autre, se dissipe. Une brume d'un autre siècle, où s'agitent des choses douces, peut-être des branches de pins, des sangliers qui fouissent, des chevreuils qui guettent une minute de silence qu'ils n'ont pas entendu venir, voilà ce qui compose le spectre de ma présence falote, incapable d'aimanter quiconque excepté la lune.
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Même le sentiment qu'on décline ici, pour soi seul sans doute, est désuet. Mes paumes l'entretiennent comme un feu clair, le tendent vers le vide. Or le précipice qu'il éclaire n'a pas de fond, ses parois éclatent et les débris s'en dispersent. Plus de jeu, plus de rapt. Les beaux seins nus de jadis se sont éteint, la source sous la mousse s'est tue. Ne reste qu'un nuage impalpable et informe qui phosphore au cœur de sa propre nuit.
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Gorgo
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Rasant les façades à cause d'une bruine hésitante, j’ai croisé de près - un pas de côté - une mort au visage d’ange, encore bien vivante, avec les troublants yeux verts qui dans notre enfance rimaient avec “zyeux de vipère”. Abondante chevelure sombre et frisée par l’humidité, front et pommettes bombés sous lesquels on devinait le crâne.
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La beauté de ce regard là, venin doré, m’a frappé au coeur depuis longtemps. Mon regard à moi, tel ces rayons X des récentes publicités pour matelas, me la montrait spectrale, dénudée de toute chair, squelette ambulant parmi ceux de tous les passants. Terribles sont les promesses de ces iris couleur de prairies, de vagues, de printemps édénique !
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À la terrasse abritée d'un bistrot, médusés, des gens regardaient ses hautes jambes balancer sa croupe. D'une main, étroite et longue, elle étreignait le manche recourbé d'un parapluie bleu-pastel. Ses phalanges minces et fragiles émouvaient. L'autre poing, menu, serrait l'anse d'un sac de plastique peu rempli, frappé des armoiries d'un supermarché.
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Enfin, la mort s'est engouffrée, comme on dit, en même temps qu'une rafale de vent dans la bouche de métro qui s'ouvre à l'angle du croisement tout proche. J'en garde l'image imprimée au fer rouge sur l'écran de ma mémoire. Elle hante mes jours et mes nuits du voisinage de sa constante splendeur et du parfum d'ambre gris qui anticipe sa présence.
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Déracinés
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Venu, reparti, l'éclair a tout obscurci
au retour du grondement dans l'âme solitaire
Luminosité bizarre aux teintes cyanosées
Les tiges de l'averse flagellent les rues tristes
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Nous n'avons point parlé ni toi ni moi
La mémoire encore accaparée par des heures joyeuses
qui de trous d'air en balancements d'ailes gris aluminium
ont pris fin (Fin des jeux de soleil aux rideaux brodés de roses)
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Ceux que nous laissions là-bas, au sein de l'Ailleurs
davantage chargé d'avenir que l'ici – comme nos cœurs
s'y sont vite attachés, et comme désormais nos cœurs
s'en préoccupent au point de voir notre présent décoloré !
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Clevedon
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Dentelle d'acier riveté, en arches de poutrelles sur l'estran à marée basse, le ponton s'avance loin vers le large. Longs éclairs d'eaux parallèles, les miroirs des flaques entre les ripple-marks des hauts-fonds sombres, mis à nu, zèbrent le regard du promeneur qui suit le chemin côtier. Quelques nuées capricieuses boursouflent les cieux.
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Tout est clair et net. De jeunes enfants cheveux blonds au vent, glissent sur leur skates en sinuant entre les obstacles dont je suis. À la limite du regard, où tremble une mer argentée, on devine une autre terre mince et floue comme un filet de fumée. En surimpression, d'immenses trois-mâts transparents dans les deux sens empruntent l'estuaire.
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D'ici ont appareillé marchands, pirates et négriers ! Aujourd'hui si calme, le paysage maritime, les maisons concentrées sur leurs pierres taillées, les gloriettes des jardins aussi bien que les kiosques des places, laissent une impression de pacifique mystère. Intense pourtant, ainsi que tout ce qui diffuse autour de soi une inexplicable présence.
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C'est un chaud soleil qui accueille les flâneurs du dimanche au pub, où sur des tables octogonales les attendent de grands verres embuées, Guiness ambrée, Jollydale Cider, Monin Mint Syrup. Sous les frondaisons proches, luxuriantes, redondantes, magnifiques, des oiseaux excités énumèrent les cent mille noms du dieu.