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Exil prochain

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Chantons chantons les harpes du vent

le froncement des cordes velues des pins

l'essor froufroutant des subites colombes

et nos délires au sein du temps qui passe

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Si peu de temps nous reste à nous aimer !

Chiches les cigales nous comptent les secondes

et là-bas les minutes nous arrivent par vagues

de bulles blanches fomentées par l'horizon

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Est-il plus verte splendeur que cette verte mer

Plus extatique recueil du soleil que celui des oliviers

qu'un caprice du vent change en toison d'argent

Ah l'aïoli dans les plats en terre sur la longue table !

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Un jour je veux me retirer sur un tertre de rocs

pourpres dénicher quelque grotte où vivre ermite 

en contemplant à chaque aube l'innombrable

solitude d'une mer dont la fraîcheur du ressac le soir

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chaussera mes pieds de pantoufles transparentes.

 

 

 

 

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Vision andine

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Le bout de ses cheveux trempait dans la fontaine

comme elle interrogeait en sa fleur la beauté

La quena en sifflant apportait la voix des montagnes

que remportait le vent avec l'écho du sentiment

tragique de la vie tel un grand oiseau blanc et noir

rasant les touffes d'alfa sur le plateau traversé de brouillards

Plus rien d'autre n'avait lieu que la fugacité du rêve

dont nul ne revient jamais intact.

 

 

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Un dimanche de mai

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Isolé désolé le vent allergisant balaie les fleurs

tombées des platanes et soulève leurs pollens

Les carrosseries d'autos au long des trottoirs

en sont empoussiérées C'est dimanche 10 mai

Les gens ne sont pas réveillés Les rues vides

.

L'air froid de temps en temps a goût de piment

Ajoutons deux ailes à cette langue d'oiseau et

(disait le poète) on verrait s'envoler une libellule

Le matin bientôt va s'agiter Le soleil réchauffer

sur la place les marchands des quatre-saisons

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Sur les étals il y aura la beauté des aubergines

luisantes comme un clan de tout petits orques 

Alignés les poireaux verts et blancs telles

les risées de la mer Et les citrons et les carottes

et le violet aux joues des navets Et le persil

.

joliment frisotté qui fait toujours penser à...

Mais aussi les pommes en pyramides les poires

les anémones du fleuriste les oeufs du volailler

identiquement parfaits dans leurs cartons de six

qui sont le symbole immémorial de la création

.

Nous irons nous asseoir au bord de la fontaine

Tes longs cheveux s'allongeront de leur reflet,

ondulations d'ambre doré sur le ciel ondulant

Comme autrefois je passerai mon bras par dessus

ton épaule et je te glisserai dans le creux de l'oreille

.

ces amoureux secrets qui te feront rougir !

 

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Alchimie du masque

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Comme un loup vénitien perdu dans un couloir de marbre

le masque d'or du poème abandonné sur la page

et nul de sait de quel visage disparu il gardait le secret

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Celui qui le portait s'est enfui Peut-être s'est-il

dévoilé pour quelque belle conquête – une Célimène

que sa grâce destinait au rôle d'amoureuse Muse

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Et tandis que le silence à nouveau règnait sur l'espace 

froid, par jeu un passant de hasard a ramassé l'objet

et l'a serré sur son propre visage en consultant les miroirs

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où l'a surpris la neuve et fulgurante acuité de son regard.

 

 

 

 

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