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Calanque et pin parasol

 

Illusions et mystifications

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Cassée - la plaque de marbre gris où furent léguées

les recommandations de l'aïeule Une drache

épisodique agresse les façades La rue du Héron

même lors des rares éclaircies prend un air morne

.

Pour nous distraire, Ezra, dans cette pièce où le jour

ennuagé jette sa pénombre on va jouer à souffler

des bulles de savon Regarde comme elles sont légères

comme elles brillent en dérivant lentement vers 

le parquet du salon où – plic ! - inexplicablement

.

d'un coup au terme de notre regard elles s'évanouissent 

sans laisser ne serait-ce qu'un petit arc de cercle

humide ainsi qu'un baiser de papillon

au pétale d'une rose Et c'est tellement intriguant ces boules

de merveille soudain disparues que tu restes perplexe

.

et je lis dans tes yeux d'enfant agrandis par le rêve

que tu mesures à quel point l'univers est un chaos

d'une essence en ultime analyse impossible à comprendre !

 

 

 .

 

 

 

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Ah, rimer à tout vent !

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Je suis si fatigué que je ne peux penser.

À force de bâiller, je crains pour ma mâchoire.

Quant à l'inspiration, c'est la mélasse noire !

Pas moyen d'aligner plus de trois mots sensés.

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Tel le bousier qui fait devant lui avancer

sa boule de crottin, je m'efforce de croire

qu'il reste des trésors au fond de ma mémoire,

que je puisse en quatrains passables agencer.

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Ah, si j'eusse estugué, du temps de ma jeunesse,

Je n'en serais pas là ! Muse de sa caresse

Me viendrait secourir avec des vers nombreux ;

.

Et, rimant à tout vent, je moquerais le vide

Dont est rempli mon coeur de plumitif aride

Qui rêvait d'épopée à la gloire des preux.

 

 

 

 

 

 

 

Petits faits

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Sous la couette

D'un ombrage

Une chouette

En chômage..       

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Cette mouette

Au rivage

Est en quête

D'un pillage !

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L'alouette

Haut répète

Son ramage.

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Dans l'herbage

Un poète

Se soulage.         

 

 

 

 

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         Cible manquée !

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En faiseur de sonnets que déteste Violette,

J'aligne sans efforts quatorze alexandrins :

Les accents, ces joyaux, sortent de leurs écrins 

Jusqu'à cent soixante huit, qui est un chiffre honnête !

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Chaque syllabe compte, hormis celle, muette

Dont l'e est absorbé, petit détail qui craint,

Et que le rimailleur nonchalamment enfreint

"Car la règle est un truc" dit-il, "qui prend la tête !"

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On comprend que certains goûtent les mots fléchés :

Versifier est lassant, à moins qu'on ne s'amuse,

Les poèmes bâclés sont comme des péchés !

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Pour ciseler des vers, il faut un peu de ruse.

De l'amour pour les mots – pour les dames aussi...

Mais je n'ai plus le temps d'un madrigal, ici.

 

 

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         Molyvi Anadyomènès

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Pour moi – j'ai très peu lu, et beaucoup, j'en ignore...

De mes mondes rêvés aux mondes des bouquins

Il s'étend un lagon qui grouille de requins.

Je préfère la plage où le soleil vous dore !

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Lire Rimatouvent, du Forum, passe encore :

Il n'est pas prétentieux comme tous ces coquins

Qui vous font de la prose en pesants brodequins,

Et pondent des romans que le beau sexe adore.

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Ce que j'aime le mieux c'est un sonnet bien court.

Torché, pour une dame à qui l'on fait la cour,

En deux sept, et qu'un noble élan d'amour inspire.

 

Qu'on y devine une âme irradiant un rayon

Qui perce l'infini de tout ce qu'on désire,

Telle une immense mer d'où émerge un crayon !

 

 

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Compas-raison

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Écrire des poèmes – ce ne serait rien

La poésie pourrait être faite par tous et non par un

- s'il ne fallait les penser

.

La difficultés tient à ce que pensant 

le poème doit esquiver la pensée

.

Un brochet qui se dérobe à l'hameçon

malgré la vase des ténèbres 

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Une carpe mouvant ses nageoires dans l'or

sans connaître si c'est aurore ou couchant

.

Ou encore l'encre qui déploie ses falbalas

dans la transparence comme un poisson chinois

.

Autant d'images qui ne seraient rien

si le papier n'existait pas

pour que tu puisses à plaisir t'y abrutir de songes !

 

 

 

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Déconvenue

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La chevelure du ruisseau peignée

brillamment par les roseaux...

Plus loin le lac jonché d'images

qui se déplacent sans bouger  

La banlieue est campagnarde ici

Lotissements répandus sans ordre

comme des morceaux de sucre que survole

un hélicoptère en forme de libellule

.

J'ouvre une anthologie reçue hier  

Y figurent nombre de poètes amis

Assis dans l'herbe humide

j'entends le souvenir de leurs voix

.

Je découvre au fil des pages

qu'un poème de moi s'y trouve aussi

Je l'écoute avec attention

Mais ma voix m'est inconnue.

 

 

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Pièce de huit !

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Sur ton épaule, invisible et léger, tu sens la présence de l'oiseau vert toujours prolixe à ton oreille. Il ne te manque pour mimer La Buse que le tricorne orné du crâne aux os croisés, et le carré de cuir noir sur l'oeil gauche ! 

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Il se pourrait aussi que tu boîtes à cause de l'impression qu'une de tes jambes est un pilon de bois. Depuis l'enfance, ta marche à l'étoile en est tellement ralentie qu'il devient évident qu'elle n'atteindra jamais son but.

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Dans les cales de ton brick, des coffres de chêne où sont stockés les trésors de la langue française dérobés à force d'abordages et de hardiesses, en dépit des mille sabords fumants des frégates de la grammaire...

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L'un de ces trésors, le mieux caché, brille de mille feux dans la pénombre tremblotante des rats-de-cave, au point d'en sembler animé. Il est fait de gemmes et girandoles, diamants poétiques et fortunes de mer.

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Par une échelle de corde, tu descends souvent dans le balancement de la nuit dont les eaux extérieures claquent à contre-coque, rêver sur l'or qui dort dans ces tréfonds verrouillés où s'agite une flaque miroitante.

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Ce sont moments où l'oiseau de l'infini – "Pièces de huit ! Pièces de huit ! La barbe à ras-bord !" - brusquement se met à jacter à tue-tête comme s'il ne supportait pas ce silence mêlé de rumeur marine.

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Et voici que sa voix criarde t'assourdit avec ses souvenirs de vieilles histoires pleines d'îles exotiques dont les chiffons de palme, à l'instigation des alizés, essuient constamment l'azur du vitrage céleste, 

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tandis qu'avec mélancolie fixant les horizons brodés par l'écume, des vahinés aux corps splendides laissent errer leur pieds nus en longues pistes sur le sable, parallèlement à celles des mouettes et des sternes...

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Petit Ezra dans tous les sens

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Cher Ezra tu me fais penser à un petit carabe doré

qui sur les élytres de son dos emporte un grain de soleil

à travers le gravier de l'allée qui pour lui

est l'équivalent de ces pierriers de montagne

où sac à l'épaule crapahutent les randonneurs jamais fatigués

.

Mignon loustic dans tous les sens mains et genoux

entre tes jouets dispersés sur le tapis

tu te carapattes 

avec cet air filou que tu prends quand tu as dans l'idée

d'aller tripoter le clavier de l'ordinateur ou du téléphone

ou d'ouvrir un tiroir défendu

.

Vif comme une boule de mercure, en douce 

tu te glisses hors du champ visuel

des gens chargés de te surveiller

On se précipite On te retrouve en la pièce à côté

trônant au milieu de tes éclats de rire et l'on t'attrape 

avec une furieuse envie de t'embrasser ! 

 

 

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Soixante-dix passés

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De si petites bribes d'avenir en suspens

dans l'éternité profond saphir

Leur espérance est de vapeurs qui s'effilochent

Un zeste d'amour tardif en rosit les franges

Le même soleil qui les enchante les dissipera

parmi les fastes d'un soir doré comme une iconostase

hantée des spectrales figures des géants de notre passé

(père mère oncles tantes grands-parents amis défunts)

droites dans la posture hiératique du reproche

que nous ne soyons pas encore

réduits à quelques os livides...

.

Ce qu'on appelle "l'âge" est donc venu

aussi pour moi – l'âge, incroyablement !

En un corps sillonné par le temps ainsi

que l'écorce d'un éléphant 

survit je ne sais comment le regard du faon

(à ce que du moins prétendent les poèmes !)

qui ne comprend plus ce qu'il voit dans le miroir

fluide du temps et tout lui est étonnement

.

Seule a gardé quelque sens la complicité

avec les bambins mal-assurés sur leurs

courtes jambes un peu joufflues aux mollets ronds

Ceux qui jouent dans les maisonnettes colorées

ou glissent en hésitant sur les toboggans pour nains

des jardins et nous offrent à contempler leur toute neuve

vitalité – au point qu'en un long moment de rêve

on y perd la notion de l'heure tant on se sent

allégé par la joie d'observer qu'ici

l'être humain s'avère encore inaltéré... 

 

 

 

 

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Rhapsodie

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À fleurs de mots

à fleur de mots comme il aimait

.

cymbales de cuivre et violon soliste

les tourterelles sur le toit 

les tourterelles étourdies patte à patte

marchant avec componction au soleil

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À fleur de mots la plante grasse

dans l'interstice des tuiles 

Tourterelles au soleil Ondulation de tuiles

.

À fleur de mots comme une rhapsodie

le souvenir de la maison délaissée

Ah qu'on ne nous parle plus

de ceux qu'ici nous avons aimés

Trop de tombes trop de noms que seules

tentent de déchiffrer à petits pas

les patientes tourterelles illettrées.

 

 

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(Cimetière des Arcs – juillet 1997)

 

 

 

 

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L'appeau des mots...

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Finalement certains détails de ce monde recèlent toute l'émotion de la lumière.

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Sur la crête, cette ligne d'arbres, leurs couronnes d'un vert tanslucide témoignent d'un soleil de l'autre côté déjà disparu. 

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Faut-il refuser les cadeaux par la vie octroyés sur une équivoque ?

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À mon toucher, quoique rude et rugueuse, l'écorce de ce pin m'a reconnu et comme un oiseau sa perle de guano, elle a lâché une goutte de résine.

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Vous et moi, vous et eux, nous ne vivons pas dans le même monde. Le mien, un poète l'a prophétisé, son coeur est azur et brise qui chante.

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Ils croient dur comme fer que le chaos des mots peut répondre de celui du monde. Pas moi. Je refuse la sidération !

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D'ennemi, point à priori. En revanche, il en faut beaucoup pour que je sois ami. La circonstance, il est vrai, peut rendre l'odeur de l'hypocrisie parfois moins forte que celle des lavandes.

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Près de la fontaine Médicis, attablés au guéridon de fer, deux vieillards en se racontant des anecdotes du microcosme littéraire se bidonnaient comme des enfants.

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Ce village de mon pays, un artisan y fait toutes sortes de merveilleux appeaux de bois capables d'attirer les familiers du ciel. Il n'y en avait pas, hélas, pour l'oiseau bleu de la poésie. J'ai dû tailler un poème moi-même.

 

 

 

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Analogie au filé

 

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Une variété de vaisseau, la langue qui lors du poème tangue comme si la mer elle-même se faisait coque et drisses et voiles et gouvernail et sillage – comme une infinie chose transparente qui prendrait la couleur du ciel bleu et la forme d'une coquille bavarde sur laquelle, à l'approche, on apercevrait soudain debout, nue et lascive apparition, la merveilleuse Aphrodite à chevelure de miel que vent enroule à plaisir et déroule à désir...

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Jetons l'encre avant la tempête : la nuit risque d'être rude !

 

 

 

 

 

 

 

Surveillés par le silence

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Quand la cascade se regarde dans sa vasque

elle trouve que ses diamants sont d'une plus belle eau

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C'est aussi l'avis de la daine qui montre à son petit

comment pour boire écarter les patte antérieures

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Il flageole un instant puis plonge un museau noir

dont fraîches s'écartent les ondes Manifestement

.

sa conclusion est qu'il vaut mieux au creux discret 

d'un taillis téter sous une mère aimante et docile

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Surveillés par le silence tous deux ont disparu

Resté seul j'en consulte les images dans ma mémoire

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Même si j'ajoutais l'odeur de résineux et de fougères

plus un coucou lointain pour faire bonne mesure

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ce serait trop peu, c'est vrai,  pour en tirer un poème !...

 

 

 

 

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Entre monde et monde

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Fleurs accrues, pareilles à l'oiseau sur l'eau sombre, vous mangeant deviendrai-je heureusement lotophage ? Sur ce plateau vert un crapaud, en posture de yogi, m'observe de ses prunelles dorées. Tu as trop d'ailes, méfie-toi, frissonnante libellule ! 

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Le hêtre que l'étang en image éparpille, comment le rassemblerais-tu, carpe de mon silence ? Chaque fragment d'émeraude éclate en liquides lueurs, s'approche du bord, puis de sa sève alimente le toupet d'argent dont s'éventent les roseaux . 

Secondes fugaces ! Le mal éradiqué, s'installe alors la splendeur des choses humbles, même l'ocre de la terre nue rayonne ; un mulot s'arrête, lève le museau, t'observe, pour vérifier si c'est bien de toi qu'émane une odeur d'après-rasage au lavandin.

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Mon esprit s'enfonce dans le mantra blanc d'un nénuphar, creuse l'immense multiplicité des pétales couleur d'oubli, atteint à son coeur rose comme les joues d'une jeune amoureuse au soleil couchant. Il finit par transpercer sa cible hallucinée.

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Ressorti de l'autre côté de l'émerveillement, où le temps a déjà repris son cours – car on entend sonner la cloche de six heures -, je sais parfaitement ce que je vais retrouver sous l'ocellé chapiteau du soir : le même monde... 

 

 

 

 

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        Ici là-bas demain      

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C'est comme au moment de rentrer au village...

Le bâton du pèlerin - modèle d'endurance -

suggère un chemin de traverse avec églantiers

couverts de fleurs bourdonnantes d'abeilles ;

plus loin la clairière inespérée s'ouvre sur le bleu

mouvant d'une fontaine occupée à disloquer

les transhumants reflets du ciel. Une minute d'or

en tombe et s'élargit jusqu'à devenir sur ta face

le visage du sphinx que tu est à ton insu depuis

toujours. Soudain une explosion d'ailes d'oiseaux

y met fin. Et la terre de retour sous tes pas déploie

la croisée des chemins, vers d'autres égarements.

 

 

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