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Au sec !

 

Mais quel est le sujet ?
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La volupté de conter en poèmes ! Celle de la mer, tournant soixante-dix sept fois sept fois sa langue blanche en elle-mêmeavant de s'adresser au rivage, n'en approche pas.

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Je me rêve déjà, jonchant la page d'esquilles d'alphabet d'un noir d'encre à la manière d'une marée qui, de l'estran se retirant, découvre mille herpes indéfinies.
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Hélas, elles perdront leurs vives couleurs au soleil, galets multicolores uniment séchés jusqu'au gris-blanc, coquilles de pectens entières ou brisées dont le pèlerinage est terminé, brindilles de bois usées, mains de poupées cassées que la mer émousse pour les assimiler à des restes de statuettes antiques...
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Tous les poèmes pâlissent à la lumière de la conscience ! Pour jouir de leurs légendes, il faut se faire l'oreille en conque, capable en ses repris secrets de retenir le bavardage de notre immensité intérieure, fluctuante et tantôt rose de sentiments, tantôt verte de désirs, ou du bleu-saphir de la sérénité.
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L'enfant qui prend dans sa main la grosse coque nacrée et l'appuie sur le côté de sa tête, à l'affût d'un miracle, sensé, sans aile, âgé comme un mirage tout droit émané de son imagination. Et satisfait, le voici qui se jette nu dans la fraîcheur éclaboussante, le corps douché d'une pluie de diamants par le soleil philopède !

 

 

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D'un feu inexplicable...
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Pas si simple de travailler avec le feu, le feu froid, quotidien, dont la flamme bleu-paradis est souvent à peine visible, évoquant ces dents séduisantes et mordantes des brûleurs de la cuisinière à gaz au-dessus desquels, fascinés, nous hasardions un doigt – aussitôt puni !
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Mais ce feu-ci ne brûle pas matériellement, il consume à la façon de l'amour, avec fusées murmurantes vers le firmament où ses envolées d'étincelles sont par la baguette magique de Morphée changées en étoiles et en tournoyants feux de bengale...
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À lui la tiédeur des nuits d'été ruisselantes de rossignols, de gracieuses déesses hautes comme trois pommes qui dansent nues dans nos esprits avec la fraîcheur du ressac marin, à lui la profusion multibulles des écumes irisées, et la scansion musicale du poème.
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Feu de vertige étourdi, fente du noir triangle divin, évolution géométrique des escadres d'étourneaux à l'aplomb pourpre des falaises que contrebat la mer, kaléïdoscope de vagues diffractant le sourire mélancolique de la pleine lune autour des baigneuses de minuit...
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Mais aussi feu de la prescience au froissement sybillin des feuilles de l'olivier qui veille au sommet d'une éminence déserte, feu de cette vie pétillante de l'univers, l'insecte sous les pâquerettes et le lombric sous la pierre, la fourmi exploratrice et la guêpe en gilet de Nestor sur la pomme pourrie ;
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feu de l'oiseau-comète qui traverse les ramures de fumée rose, là où se trament les premières heures du jour, feu dans les cannes du bord de l'Argens entre lesquelles se faufilent en sinuant les campagnols, les cannes luisantes par envie de se changer en kénas à cause du flûtis de l'eau.
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Ouvre-toi entre mes mains, feu consumant les rages et les rancoeurs, les orages et les laideurs, les impuissances et les frustrations ! Ouvre ta fleur lumineuse qui de son langage envahira l'épair extralucide du papier, ce devin de mes songes, puis envole-toi vêtue de blancheur, colombe de la paix !

 

 

Divagation
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Habité d'une fée dont je suis constamment en souci, sur la nacre de l'arène blanche, laissant mes traces dans la poudre, je m'aventure en longeant l'obstination de l'écume impuissante à dépasser sa propre limite. Ici ou là une spirale émerveille de son infime complexité l'espace à perte de vue. Contre le venin qui rôde au delà des mers, je me mithridatise en tressant de mes idées un olivier d'argent. On aperçoit un cargo ivre qui s'éloigne : indistincts sur sa poupe, quelques caractères grecs : au bout d'un moment, je finis par deviner le mot ΑΜΦΙΤΡΙΤΗ... Une vaste mélancolie me saisit, comme lorsqu'on voit embarquer un être aimé que l'on sait ne jamais revoir. Le visage de mon amour s'impose à ma rêverie. Une voix amère me dit que toute présence féminine est un miracle ou un serpent. La grâce d'une compagne vraie embaume la vie, m'évoque le parfum du serpolet qu'on a froissé entre les mains... Et m'inspire des phrases sans suite !
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Post-its
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Bizarrement, pierre à demi descellée de la restanque, d'une ère qui pousse ses racines de plus en plus profond vers la nuit du passé, l'âme approche de la chute.
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Le détachement – sujet à la mode ! Travail sur soi, dit-on. L'écureuil sur sa branche ?
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De la paix, ce soir le coeur est visiblement serré.
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Le sabre de l'Inutile, au tranchant mince comme feuille de papier.
Endurance, un bond par-dessus l'érosion.
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Peu de mots, tant que les court-circuite l'éclair.
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"C'est pour moi seule que je fleuris, déserte !" (Hérodiade).
...Une immense solitude safranée, la poésie.

 

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Rendez-vous du révolté
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La démence de ce siècle d'assassins n'étouffera pas en moi sous ses noirs tissus vermiculés la splendeur de l'univers. Je continuerai de m'abreuver à sa source comme le chevreuil aspire à longs traits l'or de la mare où sans cesse brouillée l'aurore se reconstitue.
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Tandis que pieds nus je me hasarderai sur la rosée dont luisent les prés, une fraîcheur vaporeuse s'élèvera au fond des enclos où placides, je verrai paître des vaches aux robes tachetées d'archipels noirs et blancs. Relevant la tête entre deux broutées, elles encornent l'azur...
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Grandes vaches toujours aimées, trimbalant leurs pis avec davantage de dignité que les chèvres ballantes, quelle paix dessinent vos yeux andalous, interrogatifs parfois sous leurs cils démesurés ! L'odeur des bouses que le vent par bouffées donne à humer au berger
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me rassurera comme la senteur-même de l'Inaltérable en fleur. J'approcherai de la pinède aux ramures entrecroisées en lesquelles s'est pris le soleil tel un loriot empêtré dans des ronces. Là m'attend sans voile ma Beauté, paume caressante, déclinant les facettes de sa lumière pure.


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L'évidence du retour
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Arrivant de loin, nous étions sortis un moment de l'automobile, au bord de la route de Maillane, pour satisfaire à une certaine nécessité dans un petit bois de pins parasols qui ombrageait la garrigue.
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Le soleil excitait les cigales de cette fin d'après-midi : nous avons fait quelques pas, mon père et moi, pour nous délasser les jambes. Un chemin de terre battue, qui là-bas menait au cube blanc d'un mas...
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J'avais douze ans. L'air que nous respirions fleurait le thym et mille autres plantes odorantes, dans un cocktail que je reconnaissais d'instinct exactement comme, remontant le torrent natal, un saumon
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reconnaît la teneur chimique de cette limpidité qui miroite entre les roches de la flaque où vibrionnait sa vie d'alevin. Une sorte d'essence unique de l'air qui avait traversé les plaines et les collines,
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en avait récolté les fragrances dont il avait, dès ma naissance, imprégné mes poumons et mon esprit à mon premier cri, lorsque dans ses bras ma grand'mère provençale m'avait recueilli, moi,
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le "petit singe" dont ma mère avait tellement souffert que durant quelques heures elle avait refusé de me voir, tandis que le chirurgien que nous cachions des allemands la sauvait de l'hémorragie.


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Hermétique
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Responsable d'une poignée de belles phrases qui l'expulsaient aussitôt pour prendre leur autonomie de sens, il rêvait depuis les marges de ses pages en les regardant avec les yeux d'un pêcheur.
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Qu'un éclair d'or en traverse la surface, se répande jusqu'à lui en ondes chargées de ciel, et c'était pour lui un pur ravissement : il contemplait les OOOO silencieux de vérités cachées...
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Non sans un peu de honte, il n'hésitait pas à saisir, encore palpitantes, même celles qui ne faisaient pas la taille réglementaire, et les enfouissait dans une sorte d'outre plein de transparence.
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Là, elle tournaient en rond dans la pénombre, perdaient leurs caractéristiques vaseuses, jusqu'à ce que rendues au jour elle n'aient d'autre parfum qu'une fraîcheur naïve de fenouil mâchonné.
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Scintillantes écaille de soleil, elles séduisaient l'âme qui les tenait captives, telle une cage de lumière, de son miroir, fascine cette sorte d'alouette qui ne cesse de rêver d'illumination et d'altitudes ouraniennes.
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Et voici que se croyant poète, il chaussait à ses talons les sandales ailées d'Hermès pour, caducée dans le poing gauche, à travers l'azur ennué de jasmin ou la nuit constellée, s'élancer plus loin que les vents...


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Vers la Fontaine du Loup

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Retour de l'été, des amours à la fraîcheur de menthe, des longues contemplations de la mer depuis l'ombre d'un pin parasol qu'obsèdent les cigales. L'odeur d'ambre solaire nous effleure, venue d'un passé spectral comme un mythe où vivraient encore nos aïeux.
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Parfois l'on reprend le vieux sentier qui croule sous les ronces constellées de mûres noires, au rebord de la falaise. De l'autre côté du gouffre que sans effort traversent les oiseaux, la tour carrée du Parage avec oriflammes et gonfalons armoriés qui flottent dans l'azur.
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En bas, les cannelures roses des tuiles romaines, les toits agencés en un plaisant désordre : le village semble un effet de l'art. Colombes ocre dans les ferronneries du clocher. Les groins des pierres fouillent la poudre sèche ; la chaleur pousse les plus grosses à s'enterrer.
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Constamment le regard passe de nos tropéziennes enserrant des mollets nus auxquels on veut éviter les griffures, à l'entaille ombreuse du vallon qu'éclairs après éclairs a raviné le Réal capable, l'autre hiver encore, de ruiner l'antique pont romain et ravager les rues.
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On reprend le sentier que les gens ont presque oublié. Longé d'un mur de pierres sinueuses, face au levant, parsemé de modestes verdeurs dont les touffes fleuries éclatent au soleil, il était jadis le seul passage emprunté des ânes qui circulaient du village jusqu'au plateau.
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Aujourd'hui, naturellement, une large route asphaltée sinue en pente douce pour escalader le versant... En traverse chaque lacet, comme une corde un arc, la raideur du petit chemin, désormais raccourci désaffecté. Une roue de moulin de bois déglingué, un torrent volubile...
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Jadis on y venait charger les sacs de farine. Le ruisseau ne sert plus qu'à l'arrosage des maraîches en contrebas. Remontons-en le cours ensemble : seuls quelques vieux enfants comme moi savent qu'à mi-chemin les attend un figuier dont les figues ont goût d'éternité.

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