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À la belle étoile
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Reparaît sur l'écran intérieur, avec les convulsions organiques
l'être de chagrin et désolation qui me parasite souvent...
Pour le combattre je l'emmêne hors du temps en un rêve d'alpage
dont les pentes bombées comme des poitrines mêlent aux nuages
migrant par les cols, de hauts herbages où volontiers
vient nicher immensément l'azur. Car les troupeaux de vaches
aux clarines placides sont complices du grand ciel d'été.
Elles ne s'inquiètent pas de ses couvées d'orages, de ses
bouquets de foudres ; foin et sainfoin, elles broutent les prés
qu'avec reconnaissance elle honorent des vastes médailles
de leurs bouses ! Et l'univers là-bas est alors si paisible,
de toutes parts protégé par les créneaux bleus des cimes,
avec les sautes du vent parfumé dont le museau est encore
tout frais d'avoir reniflé de près l'endurance des neiges...
Si paisibles les fumées qui s'élèvent du fond des vallées,
si paisibles les villages où reluit le bulbe d'or d'une église,
si paisible l'altitude où plane une buse en cercles nonchalants !
Ici, nul besoin de pensées, nul besoin de se soucier des humains.
L'on se tient dans l'Ouvert tandis que s'écoulent les heures,
jusqu'au soir où s'établit le trône empourpré du soleil à l'ouest,
puis la nuit tire sur nous la tente constellée du firmament,
et l'on s'enroule dans ses laines pour attendre ce sommeil du juste
sur lequel veille tendrement la lune, alliée à la belle étoile.

 

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Feinte origine
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Sur l'épaule de la montagne, au milieu du pré parsemé de pierres,
debout, l'on observe au loin le lac cerné de hauteurs rousses.
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Il n'y a pas de raison d'être ici plutôt qu'ailleurs. Les ombres
accusent les reliefs, en bas ouatés de petits nuages inconsistants.
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Au plus loin qu'on puisse voir, pas la moindre maison, nulle
blancheur de trait d'avion tirée en travers du ciel. Rien d'étranger.
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Dans la splendide solitude des pics tu peux sans retenue t'extasier
sur le visage de cette terre que ne pollue aucune trace humaine.

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À jamais
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Qui suis-je, herbe folle des terrains vagues, sans place particulière, chiendent voué à ce sol ingrat, aride, jusqu'à ce que bulldozer s'ensuive ?
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Aucun jardin de veut de ces plantes sauvages, indisciplinées, souvenir d'époques révolues qui ne savaient pas de quelle liberté elles disposaient.
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Aux jardins, qu'on tente de s'enraciner parmi les plantes nobles, aussitôt s'affairent les binettes, sarcloirs, arrosoirs pleins de substances toxiques.
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Exclues même de ceux qui disent avoir le regard suffisamment précis pour aimer notre beauté, le seul destin qui nous attend sera de sécher au soleil.



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L'autre du je.
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Le chemin des rochers, dans les creux desquels le soleil avait oublié de petites flaques de ciel salé, le reprendrons-nous ? Flamboyant bosquet de pin sur la crête, que longe un virage de la route où bouge parfois l'éclair rouge et vitré d'une automobile...
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Hanté d'un thème du concerto pour piano en Dm de Brahms, tel que le jouait en chantonnant Serkin, j'y errerais sur l'étroite piste où se mêlent sable et coquillage, avec toute la tristesse de celui qu'accompagne l'orchestre de la mer et la présence d'une compagne défunte.
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Le paysage me regarderait avec ces yeux d'étranger qu'il sait prendre lorsque je ne me reconnais plus moi-même, et quand mes phrases paraissent objectivement matérialiser les sottises fantasques de mon esprit qui a vécu et perdu tant de vies successives...
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Une vague odeur au détour d'un courant d'air t'évoquerait tout ensemble l'iode et le basilic, comme si s'était ouverte un instant la trappe qui donne sur les Champs-Elyséens, et que l'âme d'une personne disparue avait voulu te donner un signe par pitié de ton chagrin.
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L'ombre que tu piétinerais devant toi, le dos accablé de lumière, pousserait d'inaudibles gémissements avec une voix reconnaissable, quoique n'étant pas la tienne, ce qui réveillerait en toi les images d'une intimité lointaine, profonde, ressurgie injustement des eaux de ta mémoire.
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Ton pas devenu méditatif à cause de la houle qui s'enflerait en toi, tu sentirais soudain tes yeux s'emplir d'un trouble de la vision, une sorte de brume venue de l'intérieur sur laquelle danseraient comme sur un écran des visages – et tes difficiles larmes auraient la violence d'une pluie d'orage.

 


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Quelle peine !
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Quelle peine – et sans utilité ? - que de faire un poème
quand vous fait défaut ce je ne sais quoi magique
qu'on ne trouve jamais si nos gênes en sont dépourvus...
La gens disent de ce que j'écris "ce sont des chromos, avec
vos soleils couchants ou levants de cartes postales !
Pourquoi vous en obséder ainsi ? Ce que vous écrivez
est d'une banalité !..." Oui, des chromos. J'aime les chromos.
Ce n'est pas parce qu'elle est inhumaine et que les cartes
postales sur leurs photos ne savent pas l'apprivoiser,
que la beauté du monde pure comme un son de flûte
ne doit plus être reconnue sous la pression des snobs
de "l'art contemporain"! Bien sûr, les montagnes ignorent
la pitié, mais les chamois ont appris à garder le pied sûr.
Puissante splendeur de l'univers – où tout est vie perdue !

 


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Diatribe
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Tout bien pesé, il m'aurait plu d'être dans la vie
un type un peu dans le genre de Mozart tel
bien entendu que je me l'imagine d'après sa musique
primesautier, d'une souplesse de caractère inouïe
d'un entêtement démoniaque et d'une pénétrante
forme d'intelligence ! Créatif avec une sorte de simplicité
d'une nonchalance révolutionnaire, empruntant
aux chants d'oiseaux, source, rumeurs du vent aux roseaux
mais aussi aux chansons nées dans le peuple et qu'on
reconnaît à leur mélancolique légèreté qu'imprègne
une profonde science inconsciente de la vie
Une sorte de savoir de celui qui s'est frotté sans cesse
au mur rugueux de la réalité mais n'a rien reçu
des sophistications de l'école et moins encore
des lycées ou des universités qui tant vous éloignent
des autres et du monde Comme si ce qu'on y apprend
créait une invisible démarcation entre l'humain de raison
et le bipède rustre qui tout juste est capable
des tâches subalternes – tandis que ceux qui savent,
là-haut, dans les sphères où l'on respire un éther
supérieur, eux font des conférences, pérorent,
débattent, voyagent aux frais de qui les invite,
et décident avec désinvolture du sort des pauvres gens
qui masquent leur fière détresse sous des sourires
plus ou moins édentés dont leurs maîtres se moquent.

 

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La vie normale de la conscience
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Est-ce normal ce soir de n'avoir pas envie
de parler de la situation affreuse de la
magnifique planète que nous nous exerçons
méthodiquement à dévaster en faisant accessoirement
notre propre malheur ou en accusant celui
de populations de nos frères humains qui n'en ont
pas vraiment besoin tant ils vivent déjà
dans la misère et l'abjection ?
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Est-ce normal d'apprendre tous les jours
que des innocents se font massacrer quelque part
soit décapités soit torturés soit explosés soit violés
par des sbires en noir avec leurs femmes complices
en noir et leurs drapeaux noirs et leurs idées noires
étranges assassins qu'aucune horreur même la plus
sanglante ne fait vomir et qui croient qu'un dieu
leur ordonne ces massacres – les approuve
et les récompensera d'un paradis mythique ?
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Est-ce normal d'être toujours anxieux
à propos de ceux qui nous sont proches
parents amis - animaux familiers même
telle cette famille de merles qui a fait
du jardin et du peuplier blanc son domaine
malgré les pies les chats les corbeaux
les grosse tourterelles et autres occupants
beaucoup plus discrets voire inaperçus
des lieux ? Normal – non point, dirais-je,
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pour des âmes équilibrées : néanmoins
pour certains dramatiquement inévitable.

 

 

 

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