Pantoum atonique
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Ah comme j'attends l'été des cigales
Depuis si longtemps j'aspire à l'oubli
Les prés sont couverts d'éclosions florales
La mer de jadis brillait sans un pli
Depuis si longtemps j'aspire à l'oubli
Ô ciel embaumé d'un vent de lavandes
La mer de jadis brillait sans un pli
J'aime tes yeux verts comme des amandes
Ô ciel embaumé d'un vent de lavandes
Quel temps de cochon ce matin il pleut
J'aime tes yeux verts comme des amandes
Des mains de vapeurs s'agrippent au bleu
Quel temps de cochon ce matin il pleut
Retournerons-nous ensemble dans l'île
Des mains de vapeurs s'agrippent au bleu
Comme en mon esprit le regret débile
Retournerons-nous ensemble dans l'île
Chaque jour qui passe est un au-revoir
Comme en mon esprit le regret débile
Le vent dans les pins chante un psaume noir
Chaque jour qui passe est un au-revoir
Ce sont de doux mots que l'on voudrait croire
Le vent dans les pins chante un psaume noir
Compter sur la vie est bien illusoire
Ce sont de doux mots que l'on voudrait croire
On pense qu'on s'aime On fait des serments
Compter sur la vie est bien illusoire
Perfide bonheur combien tu nous mens
On pense qu'on s'aime On fait des serments
Fugaces amours ou passions fatales
Perfide bonheur combien tu nous mens
Ah comme j'attends l'été des cigales
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L'année du Singe
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Je veux faire un sonnet, car voici l'an du Singe.
Fourbissons les pétards, affublons le Dragon
Avec son grand corps peint, aussi long qu'un wagon :
Nous ne serons pas trop de vingt sous l'épais linge.
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Et chacun de jouer orgue-à-bouche ou syringe,
Flûte en bambou criarde, et clameurs en jargon
Mandarin, et tambours : quelque voisin bougon,
Referme la fenêtre en frappant sa méninge !
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Le vacarme, il est vrai, pourrait vous assourdir...
La foule n'a qu'un but : celui de s'étourdir,
En chassant par le bruit les esprits maléfiques.
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Moi, j'observe ces gens aux rires asiatiques
Dont la face est de marbre habituellement,
Tout étonné d'y voir paraître un sentiment !
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Singe de bois
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Né l'année du Singe avec la tête en bois
Je regarde l'univers depuis mon strapontin
Les fleurs des prés qui brûlent sans se consumer
Les oiseaux qui rivalisent avec les anges
Les immigrés qui rêvent de vivre au paradis
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La boue trouée d'images brillantes
Les serpents de feu spiralant sur ta rétine
Le livre de théologie tombé dans le caniveau
Parmi les feuilles pourrissantes de rousseurs
Chansons des nuits que colporte le vent
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Le vacarme odieux de la civilisation m'assourdit
L'injustice des puissants nous assassine tous
La foi dissout les pensées droites des philosophes
Les amoureux cultivent leurs jolis nouveaux-nés
Et l'univers roule stupidement vers le gouffre éternel
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Vertu du Nombre
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Tu cherches un chant qui te réjouisse
comme si l'amour était toujours futur
et l'espérance un sentiment accessible
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Il y a toi ici Énée en ta vie incendiée
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Chant aigu des nuages que toi seul entends
Ô rythmes mélancoliques et suffocants
de la cité où caché tu panses tes blessures
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Deux faces du soleil
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Pas de masque d'hypocrite indulgence envers
l'odieux dont l'étrave déjà laboure l'horizon
Vies de lâcheté Vie dans du coton Vies nidifiées
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Mais le serpent sinue - spire aux écailles de feu
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Tu ne m'as plus parlé de ce silence pareil aux giroflées
que tu respirais auprès de l'enfant dans tes bras
Profil tellement heureux - à la fois paisible et survolté
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Procès à l'Inexistant
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Profusion d'aigrettes blanches des ajoncs hauts
Le soleil qui les argente enjambe mes nuits
Une respiration s'y adjoint chair douce et autre
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Soupirs excédés de qui ne supporte pas qu'on l'aime
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Croyez-vous que je quitterai l'intimité du présent
à regrets ? Non – mon regret va vers l'infini et l'éternel
Sous l'or de mes rêves je ne parle pas d'autre chose
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Contamination
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« À peine ouverts les volets », disait-il, « voici
que toutes choses du monde au sein de la lumière
apparaissent justifiées » (Et je songe à la mer…)
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Juste clarté des eaux soulevées par le soleil
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Cette onde qui s'élargit autour de mes pieds nus
est la même qui se propage à travers mes poèmes
en balançant de l'un à l'autre esprit leur vaine écume
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N'en parle à personne
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Le tintement cristallin des cordes et les maisons
blanchies à la chaux au long des rues montantes
d'une île grecque Deux mélancolies qui conspirent
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Cette vie accompagnée de la musique des roseaux
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Parfois un arpège emprunte au bleu de la montagne
sa silhouette Et il nous touche au fond du coeur
comme l'inspiration profonde d'un dieu inconnu
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Dévorer des livres
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De cette abondance endurante de la pensée
que restera-t-il lorsque les rats auront fini
de ronger nos bouquins entassés dans des caves
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Même dans la Vallée des Rois viennent des intrus
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Peut-être quand l'humanité aura disparu
des rats archéologues fouillant ses vestiges
liront les livres négligés par leurs ancêtres ?
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« Nuit d'Idumée »
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Douceur de la nuit entrecoupée des cauchemars
inspirés par la pleine lune - tu ressembles à la poésie
tantôt tournée vers l'Enfer tantôt vers le Paradis
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Ciel d'encre en lequel tournent des oiseaux coupants
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Vienne à la rescousse de l'archer une pluie d'étoiles
grelottantes dont le bruissement remplit tout l'espace
Plumes d'airain obscur – gravez vos sentences aiguës !
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L'inévitable
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Pendant qu'un peu de pluie te contrarie
là-bas une grêle terrible mitraille des cités
que fuient des hordes d'innocents désespérés
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Fluide humanité espaces communicants
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J'ai toujours cherché au sol quand j'étais enfant
et que nous passions la douane pour aller en Suisse
où était le pointillé noir qu'on voit sur les cartes
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ἀπόφασις
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Quelle exténuante peine – de rejoindre le A du Nord
La connaissance par l'absence - si j'ose dire Le retrait
sous forme d'océan de lumière (noire comme Rien)
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Un soleil sans couleur qui se couche dès l'aube
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Pieds nus franchissons en courant la piste de fraîcheur
brasillante des rosées à la suite du dieu Levons les yeux
Sourions à l'abîme où se dévide un lent film de fumées
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Une véronique
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Qu'on m'ouvre ces portes de nuit aux poignées d'étoiles
Sur d'innombrables arcosolia s'enfonce leur espace
à la voûte illustrée comme tonnelle de vigne en fleur
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Assis sur un cénotaphe compact aux poèmes d'or gravés
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Cristaux gris sommeil bleuâtre irradié d'une braise de songes
La main d'une femme sur ton visage conjure les lacérations
venimeuses du temps et lave sur ton front l'ombre des siècles
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Icône sacrée
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Montant vers le sommet qu'épongent les nuages
leurs paumes réunies autour d'une coupe de lumière
qui sont ces pèlerins étrangement processionnaires ?
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Cliquetis d'os et nimbe sanglant au-dessus du vase saint
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Dans l'odeur des myrtes et le frisson des chrysanthèmes
chevelure couronnée de 6 et de 9 vient la Souriante
Sa fine tunique de lin flottant aux souffles de la mer
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A comme alchimie
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Avec une insensée obstination il s'attachait
(en vain?) à transmuter la nuit en lumière
Les relents du chaos en fraîcheur de menthe
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Aïlenn à côté de lui appariait les couleurs
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Subtile, extralucide et précieuse comme le silence
Elle cicatrisait autour d'eux par sa présence
souffrante les plaies d'un cosmos centrifuge
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Glasnost
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Un hiver qui semblait tout juste sorti d'un sépulcre
régnait là où le sédentaire eût volontiers
installé juillet à demeure
avec des filles en jupes courtes qui rieuses
passent sur la route
en se racontant des histoires de coccinelles
et de garçons obtus et maladroits
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Sur le quai de la gare un juge attend
dans sa toge de jais lustrée une serviette en cuir
nuance tabac contre sa poitrine
Ses lunettes Le verre de gauche est fendu
Il respire une buée sitôt dissipée
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Peut-être dans un fracas de freins qui grincent
sur l'acier des rails un train viendra-t-il
raccorder les brisures d'un réel
épars ainsi que pattes d'araignée
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Pensif tu revois cette glace d'un magasin
(Le boulanger semble-t-il)
qu'une pierre avait étoilée merveilleusement
Tu as oublié qui était le coupable
mais toute la bande s'était éparpillée tout à fait
« comme une volée de moineaux »
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Une étoile - disait Joe Bousquet -
n'a de limite qu'en son centre !
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Quatre, deux, trois
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Avidement il se jetait sur les poèmes des autres
par désespoir des siens
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Que la seule langue de son pays pût engendrer
tant de formules
hantées d'un sphinx qui n'existe qu'en esprit
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Voilà qui ne laissait pas de le sidérer
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Et parfois de l'ébranler jusqu'aux limites de la rupture
comme un chène que le vent fait craquer
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Cela n'étonnera personne que le point du jour
nous trouve sans forces…
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Double vue
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L'on aura tellement préféré porter nos regards sur les choses les plus simples
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que l'on est souvent à un cheveu d'oublier que la simplicité n'a aucun rapport avec le « réel ».
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Elle ressemblerait plutôt à ce joueur d'échecs qui par commodité aurait réduit son échiquier à quatre cases, deux noires, deux blanches.
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Et sur chaque couleur ne resterait qu'un fou, un noir, un blanc.
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Le Simple est peut-être notre vision préférée, mais celle-ci ne rencontre jamais la réalité de l'Univers.
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Allons plus loin : l'on vient de démontrer que, les ondes gravitationnelles, les « gravitons » pour la physique existent.
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C'était l'hypothèse logique d'Einstein. Elle nous permet d'user plus puissamment de la « réalité » sans clore la connaissance que nous en avons.
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On peut même considérer que comme toutes les avancées de l'esprit – vers quoi ? Il ne sait ! - la dernière trouvaille de la physique relativiste ouvre la voie à davantages de questions qu'elle n'en résout.
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Comme en poésie les deux infinis du Chaos se croisent sans se confondre au sein de la conscience humaine.
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La simplicité, illusion, élusion.
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Lignes d'inconduite !
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À l'Ignorant, que reste-t-il pour un peu de lumière, si ce n'est d'être aimé par la Beauté ?
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Une sorte de grâce dont le charme n'aimante pas tout le monde avec la même sollicitude, mais invite…
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Sans avoir trois têtes comme Cerbère, assumons néanmoins d'être les Gardiens du Seuil. Feignons que ce soit celui du temple des Millions d'Années.
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Que les choses difficiles à débrouiller pour l'esprit s'adressent au coeur avec l'efficacité de l'évidence. Coeur qui noue et qui dénoue.
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J'aime si peu – à l'instar de chacun – être mal jugé, que j'implore, pour ce que disent mes écrits, le bénéfice du doute.
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Jusqu'à l'insupportable
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Ces moments où la déchirure du monde apparaît nue
et la vie bifurque soudain
comme un train à l'aiguillage
et c'est sans retour avec loin derrière la fumée du passé
dont les cendres finissent de se consumer
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Là est le véritable tragique avec son sang noir d'amertume
Celui qui montre l'obscur gouffre futur
Qui laisse prévoir d'irrémédiables actes au milieu
de la foule des imbéciles
Gouffre du deuil qui attire les assassins comme les victimes
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Exister est si pénible pour certains
qu'auprès de vivre - le néant a des airs de Paradis.
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Détachement
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Souvent je songe à ces médecins légistes
qui se penchent sur la puanteur des cadavres
lorsque je m'incline sur les personnages que chaque jour
je fus à cause de ce profond dégoût
que par bourrasques et crises m'inspire l'humanité
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Combien j'admire ces gens légers inconscients optimistes
Héroïques rescapés des galeries sombres de la vie
ou bien esprits chanceux et naturellement bien tournés
qu'aucun miroir ne force à rencontrer leur vérité
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Le coeur serré j'observe par la fenêtre
minuscule un pouillot véloce explorer le lierre de la haie
Même les êtres qu'on s'exténue à aimer -
leur existence à la fin ne nous console plus
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Cette fuite, cet abandon des choses dont une à une
insidieusement
les radicelles se détachent de nous
ne laisse sur ses multiples trajectoires
que déception et coeurs broyés
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Notation fugitive
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Le mépris même justifié
que manifestent les uns envers les autres
une bonne part des êtres humains
par exemple les poètes entre eux
m'attriste toujours
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En général on ne mesure pas
pour qui n'est pas doué
l'héroïsme qu'il y a dans le domaine
artistique ou littéraire
à créer une œuvre fût-elle médiocre
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Pour ma part
j'en sais quelque chose !
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Seul parmi les rochers
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Seul parmi les rochers au bord de la mer
dont tu sens froides parfois de larmes un crachat
sur ta vieille joue le doigt
mouillé en l'air tu cherches d'où vient le vent
Tu te figures un moment que ce pourrait être le présage
de la venue d'un ami
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Ce n'est que fantasme bien-sûr car nul ne viendra
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Excepté quelque goéland anonyme et criard
qui possède l'air entier pour compagnon
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Par désœuvrement tu pèses et soupèses
au tébuchet du coeur quelques syllabes obscures
que tu finis par griffonner sur ton carnet de poche
sans illusions sur la réalité
dont elles se voudraient garder le témoignage.
(Roquebrune -2013)
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Absence imaginée
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Inexplicablement elle n'était plus là
Une aurore qui ne répondait plus à l'appel du sel
Point de lumière pour flatter son pelage abandonné
Rageur le gouffre bleu déchiquetait ses rivages
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Le lune y plongeait sa lame d'étain pauvre lueur
que les vagues refusaient de prendre en charge
Qui pouvait élucider la raison de cette éclipse
dont personne ici n'avait été averti
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Une peine de plus songeait l'écureuil dans la fente
de tel arbre favori qui avait troqué contre un panache
de brumes son feuillage de l'été
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Inexplicablement elle n'était plus là
Ni ses paroles ni ses songes ni ses regards pensifs
tournés vers la mer Nuages chrysanthèmes et couchant
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Ineptie
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Ne va pas en ces contrées de subterfuges
et de déserts aux dunes lunatiques
imaginer qu'il y a quelque chose à croire
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quelque chose à espérer parce que la garde
montante des constellations existe
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Les amitiés rejoignent la poussière funéraire
Celle des urnes éteintes et des cendres brisées
Or nous parlions en nous souriant au visage
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Nous étions abandonnés Le souffle évanoui
L'humanité en nous plus fragile que cristal
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Notre chair frémissait de la conscience de la mort
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Occident
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On tourne la tête et – personne !
Nous parlions encore ensemble naguère
puis sans motif, la disgrâce, l'étendue avec les rails
de la solitude qui, vides, se rejoignent à l'infini…
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À pieds jusqu'à la place de la Bastille
où se dore au soleil l'inaccessible Génie
transi de froid, nu comme un vers
que n'habille aucune image !
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Seul ? Une pierre, dites-vous ? L'universel
mensonge tendant aux ténèbres sa torche de feu !
Étrange étoile au dessus de ta tête – pareille
à cette goutte de lumière dont s'éclairent
les poissons efflanqués des abysses !
.
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Un dimanche de février 6 h 45
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Petite froidure d'hiver
comme un baiser sur la joue
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L'oiseau noir dans le peuplier blanc
gratte sous son aile déployée
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Le soleil clair dans le ciel sombre
griffe trois gros nuages
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L'air sent la neige La ville se tait
À travers les murs passent des fantômes
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Qu'importe puisque l'enfant que j'aime
rit follement dans un halo de boucles d'or
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Imparfait monologue de juillet
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Sera-t-on lassé de m'entendre dire que mon ciel
est plein de larmes qui ne tombent jamais
retenues par la voûte azurée de mon pays natal ?
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Là-bas est la sœur le frère adoptif les neveux les pins
où jouent follement les écureuils de ramille en ramille,
les écureuils vertigineux qui n'ont pas le vertige !
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Cachées du côté ombre les cigales qui sont pareilles
à des bijoux incas - oblongs pendants d'oreilles -
pour la lumière immense exécutent l'hymne au soleil
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La nuit sur les prés qui embaument le fenouil et la sariette
Et le thym et le serpolet, on voit aux pentes des collines
la lune se rouler du haut en bas, semant des perles de rosée
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qui brillent au matin comme les larmes de la Vierge,
dirait-on, car seul un miracle peut faire pleurer la pureté
de mon ancien pays depuis longtemps quasiment disparu !
(07/1989)
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Spectre au retour
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Ce samedi déjà tard tu reviens dans la nuit
L'autobus t'a déposé à quelques pas de ta rue
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Tu croises un couple en dispute - la fille a l'air
d'une dame oiselle en train de secouer ses plumes
à travers l'espace On dirait qu'elle éclabousse
autour d'elle les choses d'un duvet pareil
à ce qui sort d'un polochon crevé au cours
d'une de ces batailles nocturnes entre cousins
qui les jours de congé enchantaient notre enfance
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La valise ronflonne en roulant sur l'asphalte
granuleux du trottoir Le couple est loin à présent
Dans ton dos la rumeur de reproches décroît
Aux vitrines éteintes se reflète un spectre qui est toi
vaguement éclairé par les réverbères jaunâtres
De temps en temps tu jettes un regard à ce double
décoloré qui ressemble à une version – disons -
déjà défunte de toi-même !
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Trois fois rien…
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J’ai guetté l’horizon Rien n’est venu sinon l’air salé qui plaint sa propre solitude
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Toujours à distance respectable un oiseau menu compte en sautillant les grains de sable
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Puis s’envole pour aller faire son rapport au nuage qui rôde autour de la cheminée désaffectée
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Nuage rose d’espoir que l’on voit s’attarder jusque avant dans le crépuscule en rêvant
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D’épouser une svelte fumée avec la bénédiction du clair de lune aux faux airs de curé
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J’ai guetté l’horizon Rien n’est venu sinon l’air salé qui plaint sa propre solitude
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Froissant dans mes paumes une tige d’anis je regarde alentour pour en faire respirer le baume
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à quelque Amour au visage complice Personne Alors je ramasse un clair coquillage pour le cas
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où tu voudrais Beauté l’emporter partout afin d’avoir à loisir l’occasion d’entendre la mer
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ou de te figurer que debout sur son ciel inverse et nervuré de nacre lunaire tu parais sur les flots
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J’ai guetté l’horizon Rien n’est venu sinon l’air salé qui plaint sa propre solitude
.
Pas de sourire mystérieux Pas de fascinante nudité aux seins divergents et triangle de mousse dorée
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Pas de voix pour murmurer mes poèmes et en faire des structures d’invisible cristal
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Pas de fente merveilleuse du sexe pour que j’assiste au commencement fulgurant des étoiles
.
À distance respectable un oiseau menu sans fin compte en sautillant les grains de sable
.
Et moi je guette l’horizon d’où rien ne vient sinon l’air salé qui plaint sa propre solitude.
Écoute la nuit écoute le vent
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Écoute la nuit écoute le vent
Au fond des étangs des diamants scintillent
Ô cris de crapauds dans les joncs tremblants
Ce sont les effets d'étoiles qui brillent
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Au fond des étangs les diamants scintillent
J'aime ces clartés dans tes yeux charmants
Ce sont les effets d'étoiles qui brillent
Il faut oublier tes anciens amants
.
J'aime ces clartés dans tes yeux charmants
Ta petite main qui cherche la mienne
Il faut oublier tes anciens amants
Tu trembles de froid Veux-tu qu'on revienne
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Ta petite main qui cherche la mienne
On dirait l'oiseau qui n'a plus de nid
Tu trembles de froid Veux-tu qu'on revienne
L'amour, ça réchauffe et ça réunit
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On dirait l'oiseau qui n'a plus de nid
Dans la chambre tiède où luit la veilleuse
L'amour, ça réchauffe et ça réunit
L'heure qu'on vivra sera merveilleuse
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Dans la chambre tiède où luit la veilleuse
Écoute la nuit écoute le vent
L'heure qu'on vivra sera merveilleuse
Ô cris de crapauds dans les joncs tremblants
.
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Fleur-icône
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Glaïeul grappe droite et nacrée
lame luisante hors du fourreau
comme Vérité nue
que viens-tu percer l'étendue
de mon songe enneigé ?
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Amours malades
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(Pour A. et E. )
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Pendant le sommeil de fièvre et par la baie vitrée
les allées et venues des oiseaux inquiets
(toi les yeux clos dans tes blondeurs éparses)
j'écris pour occuper le temps et jeter quelques mots
(si pâles qu'ils ont l'air extraits d'un ossuaire)
en pâture à la meute enragée de mes angoisses
.
Ce rongement des heures aboyeuses
comme gueules de ressac aux crocs d'écume
plantés dans les anses tendres des rivages
J'écris pour occuper le temps rongeur
dont la gorge dévoile sa noirceur de mort
tel au fond d'un tunnel un gouffre se rapproche
.
J'écris ce qui n'a pas de sens L'amour désemparé
.
Le chagrin l'impuissance Ô chanson tranchée net
par le clic du bouton qu'actionnait un doigt inconnu
La nuit qui anticipe une autre nuit Les livres qui
tour à tour nous tombent des mains sur le plancher
et restent pêle-mêle ouverts sur pages au hasard
dressées ainsi qu'épis rebelles d'une chevelure
.
Odeurs des douleurs Senteurs vagues d'hôpital
L'âpreté de la vie affleure luisante et nue
comme un roc érodé par les intempéries
Poudre des terres envolées Plantes disparues
avec les circonvolutions cruelles de la vie
Je ne peux expliquer Je ne peux rien expliquer
.
Consolatio
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Je taillerai dans le ciel gris une éclaircie,
une échancrure azur, avec le couteau
idiot des mots qui sont ma seule arme,
le chuchotis acéré du fil du coeur
qui traverse l'hiver blanc et vide.
.
Dans le ciel gris une éclaircie en forme
de fleur à six pétales et pistil de soleil :
un rayon en tombera droit sur ton front
brûlant, rayon pur comme un doigt de fée.
L'air soufflera son frais parfum de giroflée.
.
De la forêt sépia des cauchemars je rêve
que tu t'éveilleras, qu'avec un soupir tu
m'offriras le regard de tes yeux d'eau verte,
comme après le passage des siècles se sont
ouverts ceux de la belle au bois dormant.
.
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Magot du marigot
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Il me plaît, pustuleux, installé comme un phare
sur son îlot né nu / prasin ? , le crapaud laid, touchant,
qui darde ses yeux d'or vers le soleil couchant,
par-dessus la blancheur pure d'un nénufare !
.
Quand au ciel il célèbre une étoile en fanfare,
l'orthographe n'est pas un souci pour son chant !
Il a la langue longue et vive, (et le sachant,
sur l'étang, le moustigre est fin, qui s'en effare.)
,
De lui je suis cousin, comme lui croachant,
Comme lui déplaisant, comme lui me mouchant
Dans l'opinion du peuple agité de la mare.
.
Baveux et saliveux, assis comme un magot,
Auprès de tel Amour qui comble mon ego,
Si je suis critiqué, simplement je me marre !
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Vanité
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Ce qui chez les bipèdes me surprend le plus
c'est cette intime peur : n'exister pour personne !
Une constante issue (dit-on) du fond des âges
L'ermite veut penser qu'un dieu l'observe – lui,
spécifiquement lui, gérant son cas érémitique…
Un autre use de l'art, du crime ou de la politique
ou de n'importe quoi qui puisse exciter les médias.
On donne dans les sports ou dans l'humanitaire
afin qu'aux yeux de tous nos qualités reluisent.
On lance à l'univers cent défis insensés en jetant
pour les plus courageux leur vie dans la balance
Être illustre ou mourir prennent-ils pour devise
Pourtant lorsqu'on est mort, où est la différence
entre être un mort célèbre, et un mort ignoré ?
La plupart des vivants n'ont aucune mémoire.
Notre crâne aura beau briller comme l'ivoire,
dans le noir d'un caveau rien n'est à éclairer !