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Fugace éternité  (10)           

.

Les abeilles malgré les fleurs,

leurs parfums, leurs couleurs fraîches

bercées des brises,

connaissent-elles la tentation 

du Renoncement ?

.

Fidèle à ton poème

planté comme un atoll  

en plein océan laiteux, tu écris

certes ! Mais pourquoi ?

.

Les eaux là-bas étincellent

de toutes les gloires du mirage,

fantasmes de pierre et de feu,

chansons et pleurs et pluie.

.

Lorsque la solitude mentale

marche à travers la solitude universelle,

parmi les foules versatiles

avancer ou non qu’importe ?

Toute perspective est : d é s e r t...

 .

 

 

 

 

Fugace éternité  (9)

.

D’une panosse de vapeurs 

son regard astique le plancher du ciel,

ange de l’altitude…

.

Purifié l’infini éclaire

de turquoise le miroir de la mer

où l’on voit sur les flots marcher

le spectre radieux d’Aphrodite.

.

Penchée dans sa chevelure blonde,

elle vient déchiffrer les hiéroglyphes

d’un millénaire de hasards

sur les galets gris et roses...

.

Chaque onde jette un réseau d’écume

pour, dans un instant d’éclaboussure,

piéger le charme de son corps

mais – trop court 

toujours trop court!

 

 

 

 

 

Fugace éternité  (8)

.

Elle aime rire,

pour orner le quotidien 

d’un brin d’élégance.

.

Elle vient en aide au vent 

si le jour est néfaste

et sans mystère.

.

Elle agrémente l’infini

du profil de divinité

qui lui manquait.

 

 

___________________________

 

 

 

Fugace éternité  (7)

.

Fables heureuses 

résumées en restanques et mazets,

silence troublé de cigales et

soleil septième de dominante.

.

Le visage 

et la démarche de la Beauté                                                                    

persistent sur notre rétine

en étoile pourpre.

.

Les sept années 

glissent comme la lumière

des mouettes sur la mer

qui demeure 

verdeur et profondeur.

.

Petite et pure,

jolie comme une idole

des Cyclades,

la voici dans ton regard

qui s’avance voix élue,

doux accord, 

musique d’oiseaux.

.

Site tiède et charnel de nos rêves, renversant 

Soleil solitaire, soleil transparent

résumé du monde - que je t’aime, ô ma

fascinante Beauté blonde !

 

 

  

 

 

Fugace éternité  (6)

.

Le bleu 

efface les étoiles

dans l’ombre du vieux lavoir.

.

Il y a des glycines

nonchalantes qui tombent  

de l’avant-toit croulant,

l’air embaume.

.

Parfum de temps révolus

qui aère les venelles du village !

Antiques pierres sèches

et bornes au coin des porches...

.

Mais où les chars à foin

aux roues cerclées de fer 

et, pelage luisant de soleil, les croupes 

des percherons puissants ?

.

Où les femmes qui, 

en chantant battaient, le linge

et se moquaient de leurs amoureux

en rinçant les caleçons ?

.

Où les copains

qui criaient sur la place en jouant

aux barres ou à chat-perché,

cartables de cuir entassés 

près de la fontaine

après l’école ?

.

Morts - ou veufs, vieux et ridés,

sans cheveux, 

méconnaissables.

.

L’azur  

efface les souvenirs

au fond de nos mémoires...

 

 

 

 

 

Fugace éternité  (5)

.

Matière 

de chair, être là

vase de céramique

où tremble

le verbe...

.

Rouge argile figée

par le feu, 

roidie dans sa forme.

à côté du seuil :

voyez comme en son col

l’amarante et la marguerite

oscillent au vent.

.

Solitude du bois rainuré

de la porte qui bat.

Le temps s’ouvre et se ferme

sur les pétales effeuillés ;

marguerite solitaire

au coeur d’or...

.

Larme d’aurore

un grain de l’aiguail,

déploiement exemplaire de l’hymne,

recèle un germe de soleil,

enferme l’oiseau et le nuage

et tout l’infime paysage.

 

 

 

 

 

 

Fugace éternité  (4)

.

Un rayon de soleil au défaut

du rideau empourpre

telle bouteille oubliée

.

La main posée sur le bois

veiné de la table 

palpe sa propre sensation :

.

Une chose belle et douce

comme l’épaule nue de Celle

dont chacun reçoit sa vie

.

grâce à la tendresse

fraîche et lisse d’une rondeur

de marbre tiède

.

qui hors l’inconscient fait 

éclore au miroir de nos pensées 

le mirage de Galatée

.

Et reclus en son attention

tandis qu’il modèle la glaise

tournoyante des mots 

.

un faux potier tardivement

s’adonne à sa passion étrange 

d’ordonner le Chaos par amour 

 

 

 

 

 

Fugace éternité  (3)

.

Nécessaire à l’instar d’un arbre

ou d’une pierre, l’Obscur 

en lequel est gagée la liberté d’être

.

De même que toutes les directions

s’ouvrent au coeur du brouillard

sans tracé privilégié

.

Ou qu’à l’aurore le centre au ciel 

surgi de la lumière à travers 

la sphère du jour rayonne

.

Et ce sont les obstacles qui donnent

contours et réalité aux rayons dans nos yeux

venus se connaître argile ou fleur

.

Sous l’image au miroir le tain 

opaque creuse l’illusion

de profondeur qui nous instruit

.

Symétrique de nos rêves

son dehors déploie une feinte du dehors

en laquelle consulter notre existence

.

Analogue à cette musique en quoi

le temps vibré rend sensible

la splendide architecture du Tout

 

 

 

 

 

 

Fugace éternité  (2)

.

Au-delà de ton monde

ce volcan ridé avec écorce bleue

en forme de pyramide 

.

et devant : rouge feuillage profus

d’érable en octobre

domine une île en plein Pacifique

.

Mauna Loa - il se peut -

ou Fuji-Yama point chaud passions

fomentées au coeur de la Terre

.

Qui sait ce que l’on reconnaîtra 

surgi du noyau en fusion 

qui sculptera la nature en surface

.

Ainsi des tréfonds de l’esprit

refroidie en rimes sur la page

la pensée se fait langage

.

Et voici qu’au passage du vent 

ce qu’on a de plus précieux s’envole

tantôt mouette tantôt cendre

 

 

 

 

Fugace éternité  (1)

.

Au-delà de ton monde

ces ruines bleues avec arcades hautes

et façade drues de calanques

.

respirent le mistral

avec effluves de menthe et de café,

d’anis et de serpolet

 

Froisse dans tes mains

ces fleurettes-ci tu reconnaîtras

le fameux ail des ours  

.

L’odeur troublait nos amourettes

et ricanaient les pies des champs

et nous courions par les labours

.

souliers de terre grasse lourds

et d’autres fois parmi les vignes

face à face entre deux baisers

.

on croquait les grains froids et noirs,

acides comme bonheurs clandestins

 

 

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