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Dans la patience du jour

 

 

Dans la patience du jour 1.

 

Ne redoute donc pas le point du jour

Il réveille ensemble – regarde ! -

l’aurore du soleil et les pivoines du vase

 

Dehors un chat noir se coule au long du mur

observe un instant les roses

. puis saute

chez le voisin à travers la palissade

 

Mon rêve rend transparents les immeubles

à travers lesquels j’aperçois

. jusqu’à la mer

 

Une mouette crie en survolant

la maison d’une aile mince et nonchalante

 

Trop de lumière trop de soleil là-bas

 

Sur la plage pourtant qu’importe

aux amoureux qui s’embrassent !

 

 

 

Dans la patience du jour 2.

 

Depuis quelques années

le réchauffement climatique

a surtout fait fondre

sur nous l’avalanche des mauvaises nouvelles

 

La science déploie autour de la planète

sa marée technique

. circonvenant

les îlots de résistance

à la vitesse d’un cheval au galop comme la Manche

autour du Mont-Saint-Michel

 

Minuscule et blanche

une barque de pêcheur freinée par le bleu intense

teufteufe en traversant l’immense

sérénité salée

 

Et l’archange là-haut, l’archange d’or

 

l’épée haute entre ses vastes ailes

avec sous ses cnémides le dragon écailleux

qui relève sa mâchoire ouverte

 

sur une évidence de crocs numériques

 

 

 

 

Dans la patience du jour 3.

 

Sous le rebord du toit midi

force à se réfugier les martinets

de l’ombre

. La lumière cligne

à l’épaule emplumée du merle

qui s’égosille debout sur une épaisse

branche de figuier

. petit chanteur

virtuose à m’observer d’un œil fixe

 

J’ai connu un maître qui disait que ce sont

les oiseaux les premiers

et les meilleurs des musiciens

 

Plus personne n’apprécie ce gentil

miracle de leurs cris et vocalises de cristal

 

J’ai l’âme pleine de chants d’oiseaux disparus

 

 

 

Dans la patience du jour 4.

 

Masqué d’un échauffement solaire

voici déjà juin à l’approche

 

Un peu de vent ignore qu’il agite

une fraîche absence de branches

 

Les baleines les orques les espadons

les narvals en troupes filent vers

le pôle nord dont se dilue, vaste ice-cream

la banquise

. geysers de vapeurs et d’écume

et sternes en essaims tourbillonnants

Oh que leurs ailes sont aiguës !

 

Le coeur plonge et replonge

dans ses amours avec la souplesse d’un phoque

 

À l’improviste il remonte en surface

bêle deux ou trois fois avant de s’assoupir

parmi les lis de mer qui sont analogues

à des sixains de poésie pure

 

Pendant ce temps le vent s’impatiente

Son groin intangible

fouit la mer, soulève les écumes

 

renifle des étoiles sous les vagues

tel un sanglier qui cherche des glands

 

 

 

 

Dans la patience du jour 5.

 

Rien ne m’aura davantage étourdi

 

(comme lorsque, la tête ailleurs,

celle-ci pourtant percute une porte vitrée)

 

que la gloire de l’août irradiant les rivages

 

quand sa lumière s’éparpille en milliers

de miroirs sur les vagues de la Méditerranée

 

et le temps s’efface au profit

d’une somnolence digne d’un de ces oiseaux

dont le vent, d’être sans bords, rassure

la sieste planante

aux yeux clos et larges rémiges frissantes

 

Ah l’infini de ces miroirs qui sentent

l’iode et l’oxygène !

 

Ah la joie de l’inlassable roulis auditif

quand on s’allonge à deux pas du clapot

les omoplates épousées par le sable

paupières translucides

rosies par l’indolence persistante de l’azur

 

notre vieux corps ravivé

par toutes les sensations de l’enfance

et la face échauffée d’un masque de soleil

 

 

 

 

Dans la patience du jour 6.

 

En t-shirt blanc passe mon Aphrodite

le parfum exquis du silence venu s’embrouiller

au nid de ses longs cheveux

 

Un ramier empêtré dans des fougères

 

Araignée d’or l’astre amoureux

innocent des crimes humains du carbone

là-haut tisse de rayons sa chaleur inépuisable

 

Insolentes les mouettes du front de mer

se répandent en cris et survols moqueurs

voyant que je marche toujours

derrière ma Beauté sans parvenir à sa hauteur

 

Puisque je l’aime

Elle – vive à pas de vent

De souffrances et de joies toujours devant

 

Et moi toujours en retard sur elle d’un souvenir

 

 

 

 

 

Dans la patience du jour 7.

 

Quand bleuissent les lointains de juillet

sur la côte incessamment redécoupée

par les ciseaux blancs de la mer

l’ombre stylise les calanques

 

Senteurs de nacre et de conques

l’air tiède à l’horizon s’efface

dans un léger tremblement de brumes

 

Au parc des pins un hérisson furète

sous l’hirsute anarchie des haies

pour dénicher la moindre

reptation obscure, le moindre

fragment de nuit

qui s’y seraient à l’aube réfugiés

 

La fraîcheur des fleurs contamine la brise

et rosit aux joues des bien-aimées

tandis qu’attendries sur les bancs

toute la matinée

elles surveillent des bambins

si neufs encore

 

si près de l’humain originel

 

que les traits de leurs petits visages

ne dissimulent rien de ce qu’ils pensent

 

 

 

 

Dans la patience du jour 8.

 

Ne crois pas ceux qui disent

que parmi les humains la justice passe

La justice comme les dieux

est hors du monde

où le hasard dicte ses lois imprévisibles

 

dont la première est que le paradis

quoique distant de l’épaisseur d’un cheveu

nous est définitivement inaccessible

 

Voici qu’entre deux ténèbres

se faufile avec sa balance à la main

l’éternel Chien Noir

 

La jeune fille d’or jette les osselets

43616 - face claire, masque de lune

Sa tunique glissée lui dénude une épaule

tandis qu’elle songe à de futures amours

Pour elle ce n’est qu’un jeu pensif

 

Vient l’heure pleine de froissements

 

Au mystère argenté des feuillus

la petite chevêche plaint sa solitude

----------------

 

 

Dans la patience du jour 9.

 

Si svelte la Belle au balcon penchée

(pendant rideau sa longue chevelure d’or)

inondant de fraîcheur ses papyrus flexibles

pour soigner leurs boutures

 

Si sage au jardin sur son derrière

le petit chat noir trônant parmi les fleurs

 

Si clairs les soins du soleil qu’ils ont tout

reverdi : les haies sont touffues, les bouleaux

selon des courbes de saules pleureurs fléchissent

la grâce de leurs ramées alourdies

 

Aux distantes fenêtres des tours de banlieue

cligne brillamment une innombrable joie

 

On l’aperçoit d’ici sans oublier qu’au-delà

disons à quelques heures d’avion vers l’est

les vitres crevées des immeubles sont noires

les façades démantibulées par les explosions

 

On pousse un soupir qu’imite la brise tiède

En ce paisible et silencieux matin – pourquoi,

 

comme une guêpe dont l’idée fixe

est d’obstinément revenir à sa pomme

pourrie, notre esprit malgré ce ciel radieux

est-il hanté d’atrocités et d’images de guerres ?

 

 

 

 

Dans la patience du jour 10.

 

Tous comptes poétiques faits et refaits

la seule chose qui impose son sens à nos

façons de voir la vie et l’univers

c’est le fugace, l’insaisissable Temps

 

Cette sortes de trame mélancolique sur quoi

s’inscrivent tous nos gestes ainsi

que l’aiguille d’un sismographe inscrit

les vibrations d’un volcan sur un ruban

de papier blanc et le noircit d’informations

 

Le temps qui nous incite à scruter le profil

précieux de la Bien-Aimée si souvent

qu’on l’indispose et qu’elle se rebelle

«Si tu savais combien ça m’agace

que tu me surveilles tout le temps ! »

 

Pourtant elle se trompe On ne la « surveille »

pas On se dit qu’il ne faut pas laisser filer

les merveilleuses minutes de sa présence

car aucun instant ne doit se dissoudre

dans le passé sans avoir pu déposer

 

un film du talc doré de ses ailes

d’iconique Machaon sur notre âme blessée

 

 

 

Dans la patience du jour 11.

 

En dépit de son ton

si fréquemment désespéré

le langage en poème suppose

une presque imperceptible

vibration d’implicite espérance

 

Une attente traversée d’onde douces

qui fait songer au « plouf » imminent

d’un petit bouddha de jade replié

dans ses membres callipyges au-milieu

du plateau vert d’un nénuphar

sur l’étang de Bashô

 

Quelque chose comme la rencontre

probabilisée par le hasard

de deux êtres dont (sait-on jamais?)

la foudre unira les regards

sans que rien ne puisse éclaircir

les raisons de ce subit amour

 

Car l’étrange de ce monde pour ses

hôtes bipèdes est de leur inspirer

par poésie ou autrement

le pressentiment d’une élucidation

qui de fait se trouve indéfiniment différée

 

 

 

 

Dans la patience du jour 12.

 

Durement en ton esprit tu échafaudes

l’existence de ce qui veut être

 

Le rôle du miroir où se démaquille

la beauté des choses pour emplir

de leur pure nudité les regards désabusés

 

Tu voudrais modeler l’incandescent

chaos qui se berce aux tréfonds de toi

Sertir de fermes paroles son reflet d’argent

pour qu’il se réalise

 

Que la terre s’élève en pots de céramique

Que l’arbre gère l’azur dans ses ramures

Que le coquillage enseigne sa rumeur à la mer

 

Que la restanque aligne ses pierres sèches

Et que le soleil sur les pampres attise

le sucre translucide et froid des grains embués 

 

que croqueront peut-être les dents

de Celle dont l’amour te fait vivre

 

 

 

 

Dans la patience du jour 13.

 

Transparents sont passés

les spectres inépuisables

 

Leur lumière minérale

ressemble à la nuit des pierres

 

Cela qui naît malgré tout

telle une herbe entre des pavés

 

veut sa durée et consent même

après fleurir – au décret de sa fin

 

pourvu qu’il en demeure féconde

une poudre de silence incoercible

 

Une manière de vérité écrite

avec le sang du sacrifice

 

Mais aussi avec l’illumination

joyeuse des aubes d’oiseaux

 

Voire quelquefois avec l’inévitable

foudre séraphique des orages

 

Elle - la première ou dernière !

 

 

 

 

Dans la patience du jour 14.

 

L’archange de l’été unanimement

célébré par les étoiles odorantes des prés

partout répandu veille sur le paysage

 

Il sera bientôt temps de cueillir les pommes

qu’on détache de l’émotion feuillue

des vergers

. Alignées là-haut sur les planches,

tour à tour désignées par les doigts du soleil

glissés entre les tuiles du grenier

jusqu’à la nuit elles parfumeront

le temps qui passe et la pénombre tiède

sous la pente des tuileaux en transe de lumière

 

Oui bientôt temps - pour ces fruits

arrondis par la joie du soleil - d’être cueillis

et conservés à la lumière immanente du poème

avec le magnétisme rémanent de l’amour

avec la grâce qu’à la vie donne l’être aimé

 

avec le souvenir des cris lointains de la mer

mêlés à la rumeur des mouettes pareilles

à de vivants flocons

. et le pressentiment

de certain hiver définitif

. qui approche à pas grelottants

 

cependant qu’impassible Uriel continue à gérer

la splendeur de ses étoiles

 

 

 

 

 

Dans la patience du jour 15.

 

Le temps de nos vie se ramifie

comme si chacune de nos décisions

au fil des jours divisait notre trajectoire

vitale en celle d’un moi réel et celle

d’un moi potentiel dont l’existence

en ce monde-ci se trouve évincée

parce qu’il aurait choisi (s’il avait pu)

de prendre l’autre décision – la refusée

 

Ainsi plus les années passent et plus

autour du tronc de notre moi réel

se démultiplient à profusion des « moi »

qui chacun suivent une variante

plus ou moins différente de notre vie

dans un cosmos qu’on suppose imaginaire

où l’on fait quelquefois des incursions

quand le sommeil nous libère du carcan

d’une réalité que nous avons élue

 

offrant un aperçu de tous ceux que nous

eussions pu être, en associant rêves

et souvenirs à celui que nous sommes :

 

nul besoin d’hypothèses scientifique

échevelée pour envisager

la coexistence des « mondes parallèles » !

 

 

 

 

Dans la patience du jour 16.

 

Qu’il serait plaisant de goûter

aujourd’hui au monde comme

enfant l’on croquait les cerises

dans l’arbre en soufflant le plus

loin possible les noyaux :

. à celui

dont la parabole atteindra le chat

qui nous observait énigmatique

et qui du coup, haussant les épaules

à sa façon devant nos facéties,

d’un pas de mépris nonchalant

s’éloignait

. pour bondir sur le toit

de l’appentis faire sa sieste au soleil

 

Goûter à la saveur acidulée du jour

oui – comme si lavé de tant d’années

d’accoutumance l’azur retrouvait

son bleu céruléen, les pivoines

l’intense parfum de leur carmin,

les pierres leur chaude douceur

de paumes ensoleillées par l’été 

 

et les hautes herbes émaillées

de coquelicots, ce vert originel

qui tachait nos vêtements quand

au long de la prairie en pente

on se laissait rouler avec rires

et cris – traduisant la poésie

d’heures qui nous paraissaient

ce que nous pouvions connaître

de plus proche du Paradis...

 

 

 

 

Dans la patience du jour 17.

 

Sporadiques, les fragments d’éternité

auxquels parfois l’on accède

lorsque la Beauté dans la brume du matin

laisse au navigateur pris au dépourvu

entrevoir son archipel doré

 

Il y a le choeur des neuf sirènes occultes

qui superposent les points d’orgue

de leurs voix étagées

. Les odeurs de salines

d’une mer absente,

les parfums de jasmins

et de giroflées d’un jardin d’Éden qui depuis

belle lurette n’est plus de ce monde

 

Si le temps est particulièrement clair

au-dessus des acacias des ifs et des figuiers

 

on verra dépasser les cônes d’ardoises

des tourelles effarouchées de tourterelles

d’un château qui protège l’attente

de la Belle Endormie

 

Ah ces fragments d’éternité - poèmes

angoissants et merveilleux comme

des promesses qui ne seront jamais tenues

 

 

 

Dans la patience du jour 18.

 

Aïlenn dit que les poètes devraient

vivre en ermites sur la montagne

à la façon des anachorètes chinois

 

ou circuler indéfiniment avec leur bâton

sur des chemins couverts de pierres

et de ronces ainsi que les moines gyrovagues

tels que le fameux Ryôkan

 

Elle rêve constamment de justice

d’éthique, de vérité – l’âme lourde

d’un silence doré comme une iconostase

où miroite au secret de la pénombre

les images hiératique de ceux qu’elle aime

mais aussi de tous ceux qu’elle a aimés

 

Car pour la Belle qui volens nolens

hante en permanence mes poèmes

le passé ne s’efface jamais

 

 

 

 

Dans la patience du jour 19.

 

Il tricotait son langage en prenant exemple

sur la manière qu’a la mer

de tricoter son écume

 

Convaincu que pour tenir chaud à l’âme

que glace un seul pôle nord – la pensée

de l’Inévitable -

rien ne pouvait être fermement dit

qui ne soit maille à maille compté

 

Certes il savait bien qu’écrire

revient à confectionner

des ourlets de dentelle à la vie

 

Que le soleil engloutira tôt ou tard

dans sa fournaise ses planètes

Que d’ici-là toute humanité aura été

gommée de l’univers sans qu’il en reste

même l’ombre d’un souvenir

 

Mais cela n’importait point Pour lui

le poème se suffisait de saisir

avec les griffes des mots l’Instant Présent

 

celui qui merveilleusement,

énigmatiquement, voit Aïlenn

mouvant ses ailes d’ozone

sourire sans sourire – fusion de la Joconde,

du Printemps de Botticelli et d’Ouriel à Reims,

alter ego de l’Ange de l’Annonciation !

 

 

 

Dans la patience du jour 20.

 

Les pivoines se gonflent dans leurs plumes

Chacune rêve qu’elle est une aurore

L’instant est tout parfumé de leur présence

(Ce dimanche est celui qui honore les Mères)

 

La soirée commencera bientôt : Ezra

et son père sont repartis J’écoute au piano

Alicia de Larrocha jouant les quatre cahiers

d’Iberia Je me dis que quoi que l’on fasse

il est rare qu’on parvienne à transmettre

l’essentiel de ce qu’une vie nous a permis

d’accumuler

. Ainsi je me dis que quand

Ezra aura atteint l’âge adulte si jamais

il ouvre un de mes livres, leur « poésie »

lui paraîtra d’un autre temps, désuète,

illisible, bref

. d’un temps complètement

étranger à ce que lui vivra sur une Terre

changée au point que fête des Mères,

pivoines (et tout le reste de notre mode

actuel de vie) sembleront aussi ridicules

que ce que nous montrent quelquefois

à la TV les publicités des années 1950 !

 

 

 

 

Dans la patience du jour 21.

 

Penché sur l’abîme à la verticale

de tes années tu regardes le temps

cascader en blanchissant les profondeurs

 

On dirait que plus on est en altitude

plus le réel d’en bas semble

retourner à l’innocence

 

On voit les étoiles de notre voisinage

naître du miroir de la mer

comme pour compenser les inévitables

larmes de l’amour

 

Dans le feuillage du laurier une mante

religieusement compte les perles

de son chapelet de rosée - gros yeux

interrogatifs, fine antennes en V

sur le triangle vert de sa tête

 

Étrangement hiératique elle pose

en costume d’éternel printemps

avec des airs de divinité extraterrestre

 

Toute petite heureusement au fond

de l’abîme alors qu’à huit ans

quand j’en observais une de près

je la voyais grande comme une girafe

ou comme une sorte de Tyrannosaure

 

C’était - bien sûr - avant la Chute !

 

 

 

Dans la patience du jour 22.

 

Il arrive qu’un jour on donne de la tête

dans l’Inexplicable et c’est : la poésie !

 

En pataugeant pieds-nus parmi des reflets

d’une aurore salée l’on s’aventure

vers de scintillantes lagunes roses où mille

blancs points d’interrogations imitent

les flamants

. Sur l’autre rive des cannes

hautes dans la brise se bercent de l’idée

qu’elles pourraient devenir des flûtes

ou des anches de hautbois

. Aussitôt

un acide goût de rhubarbe vient

à la bouche et frissonne à nos lèvres

qui le modulent en amertume de lune

 

À cause de quoi la nuit l’on murmure

tout seul en écrivant des lignes fiévreuses

 

que l’on relit le matin en les jugeant insensées

sans oser pour autant les effacer

car elles semblent du même métal sacré

dont sont faits les vases, calices et autres

 

instruments des libations dédiées au Verbe

ou à quelque autre lumineux Aïus Loquens...

 

 

 

 

---------

 

 

Dans la patience du jour 23.

 

C’est que si peu nombreuses sont les œuvres

qui ont inoubliablement arraché

quelque fragment de vérité

de l’être humain à son origine

. cette aurore de l’enfance

naissance après naissance

constamment renouvelée comme se r’ouvre

avec l’indigo des flux et reflux matinaux

le coeur safran du lys de mer

 

Et chaque génération doit apprendre

à composer la partition du prochain vivre

sans guère bénéficier

des expériences de ses aïeux

 

Apprendre le discernement dans ses

admirations et ses rejets ses amours

et ses désamours Apprendre

que les choses les plus quotidiennes

à l’instar des personnes veulent ê t r e

au miroir bienveillant de nos regards

 

tel ce vase de pivoines roses en boutons

qui s’est épanoui depuis qu’Aïlenn –

maîtresse du Silence – le soigne

à force d’attention et d’eau pure

 

 

 

 

Dans la patience du jour 24.

 

La pensée – comment s’y fier !

Tu songes à l’univers déroulé

tout au long du tissu du temps

 

à la façon de la Tapisserie de Bayeux

ou d’Habitater dans les monts Fu-Chuen

la peinture de Huang-Gong Wang

mais évidemment en bien plus immense

 

car à la différence de ces œuvres d’art

pours lesquelles la question du Commencement

ne se pose pas, non plus que celle de la Fin

si l’on veut penser le commencement

de l’univers on se demande : qu’y avait-t-il

avant ? Et si c’est la fin : qu’y aura-t-il après ?

 

Et bien entendu, comment se fait-il

qu’il y ait quelque chose plutôt que r i e n

Et que vont devenir ces milliards de galaxies

composées d’une débauche de milliards d’astres

(chacune analogue à un pommier en fleur

sans abeilles pour le féconder)

 

Et notre petite terre verte et bleue

avec son mince tégument d’atmosphère

si petite à la périphérie de la Voie-Lactée

face à l’incommensurable noirceur cosmique

que régit l’espace-temps

. Autant de questions

auxquelles l’imagination poétique peut seule

esquisser quelques réponses incertaines

car en pareil domaine la Logique rarement

s’accorde avec la Raison

. Ainsi déconcertant

l’Univers en fin de compte serait-il

une émanation de l’Amour ?

 

 

 

 

 

fin

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